Courte biographie

Pape Clément VI

Pierre Roger est né à Rosiers d’Egletons (diocèse de Tulle) en 1292 d’une famille de petite noblesse. Il est le fils de Guillaume Roger, châtelain du château de Rosiers en Limousin et de Marie du Chambon.

En 1305, à l’âge de 10 ans, il devient novice à la Chaise-Dieu sous l’abbatiat d’Aymond de la Queille1. Destiné à la vie monastique, il est surtout remarqué par sa prodigieuse mémoire, ses facilités d’expression et la justesse de son jugement. L’abbé de La Chaise-Dieu, Hugues d’Arc, l’envoie étudier à la Sorbonne en 1307, alors qu’il n’a encore que 15 ans.

Il y fait des études de philosophie, de théologie et sans doute de droit. Il est fait docteur en théologie en 1323 avant d’avoir achevé le curriculum complet. Ordonné prêtre, il se fait remarquer pour ses talents oratoires. Nommé Proviseur à la Sorbonne, il y enseigne jusqu’en 1327. C’est à cette époque qu’il se lie d’amitié avec le Cardinal de Mortemar (également du Limousin), ainsi qu’avec le fils du roi, le futur Jean le Bon, et avec le fils du roi de Bohême, le futur empereur Charles IV.

Je présume que notre David, le seigneur pape Clément VI, n’est pas mort de cette mort [l’oubli de Dieu], car depuis son plus jeune âge, il eut Dieu en mémoire, enfant âgé de 10 ans entrant dans la religion de saint Benoît, et nous voyons de façon certaine que Dieu lui-même ne l’a pas oublié, du moins dans ce monde, parce qu’il le fit élever en très peu de temps à tous les statuts de l’Église, le faisant passer de la maîtrise de théologie eu grade d’abbé, à l’épiscopat et à l’archiépiscopat, puis au cardinalat, enfin à la dignité pontificale.

Jean de CARDAILLAC, Sermon funèbre, BnF lat.3294, f.206v-208v2.

Pendant toute cette période, il garde ses attaches casadéennes. Jean de Chandorat3 lui attribue les fonctions (et les revenus) de prieur de Saint-Pantaléon (diocèse de Limoges), puis de Savigneux (diocèse de Lyon) et de Saint-Baudile (diocèse de Nîmes).

C’est alors que se produit le fameux épisode au cours duquel il fût assailli dans la forêt de Randan et blessé au crâne, alors qu’il se rendait de Paris à La Chaise-Dieu, sans doute pour participer à un Chapitre général.

On raconte qu’en rentrant à La Chaise-Dieu le jeune novice fut arrêté dans la forêt de Randan par une bande de voleurs qui lui enlevèrent sa mule, ses vêtements, et le dépouillèrent de tout son viatique. Ayant échappé comme par miracle à la mort et aux cruautés de ces mécréants, il parvint à gagner le prieuré de Thuret, où il reçut secours et hospitalité du prieur Étienne Aldebrand.

– Quand pourrai-je te rendre, dit-il en partant, le bienfait que je reçois de toi ?

– Lorsque tu seras devenu pape, lui répondit gaiement le prieur.4

Dominique BRANCHE, Histoire des ordres monastiques en Auvergne, Paris 1842, p. 235.

Il récompensa le prieur de Thuret en le nommant archevêque de Bordeaux5.

En 1327, il quitte l’Université et commence une carrière épiscopale : évêque d’Arras, puis de Sens, enfin archevêque de Rouen, il est nommé cardinal en 1338. Parallèlement, il exerce des fonctions de Garde des Sceaux et de Président de la Cour des Comptes auprès du roi Philippe VI de Valois.

Élu Pape en 1342 en Avignon, il prend le nom de Clément VI. Il entreprend la reconstruction de l’abbatiale afin d’y être inhumé. Il meurt après un pontificat de dix ans. L’abbatiale est presque terminée et il y est enterré en avril 1352.

L’an 1352 la 10e de son pontificat ; le 6e jour du mois de décembre ; il (Clément VI) rendit heureusement son esprit à Dieu dans la ville d’Avignon, après avoir reçu avec une dévotion toute extraordinaire les Saints Sacrements de l’Église. Ses obsèques furent célébrées le lendemain dans l’église de Notre-Dame des Doms, où son corps reposa jusques à Pâques suivantes, auquel temps il fut transféré solennellement au monastère de La Chaise-Dieu, où il fut enterré au milieu du chœur de la grande église, suivant sa dernière volonté, il y eut trois cardinaux, ses neveux qui accompagnèrent son corps jusques en ce monastère avec Guillaume, comte de Beaufort son frère aîné ; il fut mis dans un beau mausolée de marbre noir, où sont encore ses cendres ; on voyait autrefois au dessus de ce sépulcre la figure en statue de ce digne pontife de marbre blanc tirée au naturel, que les Huguenots rompirent l’an 1562 lorsqu’ils entrèrent par surprise dans l’abbaye.

Dom TIOLLIER, Histoire générale de La Chaise-Dieu, Livre III, chap. 27, § 1.
Tombeau de Clément VI

Son tombeau

Gisant de Clément VI

Le tombeau de marbre noir était à l’origine entouré de quarante-six statuettes, personnages en albâtre représentant des parents du pape Clément VI. Ce socle supporte un gisant de marbre blanc. Le tombeau a été sculpté par Pierre Boye en Avignon de 1346 à 1351. Pierre Boye appartenant à l’atelier de Jean Pépin de Huy, travaillait avec Jean de Soignoles et Jean David pour le pape Clément VI.

Le souverain pontife est représenté avec ses habits sacerdotaux : aube, étole, chasuble et coiffé de la tiare, cette triple couronne que les papes ont portés jusqu’à Paul VI. De nombreuses significations sont données à cette coiffe dont celle-ci :

  • terrestre : il est le chef des États pontificaux
  • religieux : il est le premier des évêques, successeur de l’apôtre Pierre
  • « expert en humanité »6.

Ses pieds reposent sur deux lions à l’origine dorés, symboles de son autorité.

Un texte conservé aux Archives vaticanes a permis de dresser la liste des personnages entourant le pape. Ces quarante-six personnages étaient répartis seuls ou en groupe dans des niches sur le soubassement du tombeau et six statues en ronde-bosse étaient sur la table supérieure autour du gisant. En 1562, lors de l’attaque des Huguenots, le tombeau fut profané, le gisant et les statues brisés. Les mauristes ont pu reconstituer le gisant mais il ne reste que cinq fragments des statuettes. L’un, retrouvé lors de travaux dans le cloître, était présenté à La Chaise-Dieu par les Amis de l’abbatiale dans la salle du Trésor aujourd’hui fermée. Un second est conservé dans collection privée. Ces deux fragments complètent les trois autres conservés au Musée Crozatier.

Quelques aspects de son pontificat

En politique

Élu à l’unanimité le 7 mai 1342, il reprend la politique de ses prédécesseurs :

  • Il prolonge le processus de renforcement de l’administration pontificale et de la concentration des revenus grâce à la réserve des bénéfices, processus débuté avec Jean XXII.
  • À la suite de Benoît XII, il doit faire face aux menées des grandes familles gibelines du Nord de l’Italie, les Pepoli et les Visconti, tandis qu’à Rome la situation reste instable.
  • Il essaie d’intervenir dans les affaires napolitaines, le royaume angevin étant vassal de l’Église.
  • Il tente de faire cesser les hostilités entre la France et l’Angleterre sans succès du fait de son soutien au roi de France.
  • Il ne parvient pas plus que ses prédécesseurs à résoudre le schisme avec les Grecs et les Arméniens et la tentative de croisade de son pontificat tourne court.
  • Il ne peut empêcher le rattachement du royaume de Majorque à celui d’Aragon entre 1342 et 1344.
  • Il fait déposer Louis de Bavière, empereur depuis 1324 et adversaire de la papauté pour le remplacer par Charles de Luxembourg en 1346 à qui il accorde la création de l’université de Prague en 1346. C’est son seul vrai résultat diplomatique grâce à l’amitié nouée avec Charles pendant ses études.

À la tête de l’Église

En revanche, Il maintient en Avignon le siège de la Papauté, résistant aux pressions de Pétrarque et du clan romain et renforce l’assise territoriale de la papauté dans le Comtat Venaissin. Il étend le territoire jusqu’au Dauphiné, achète Avignon à Jeanne de Naples en 1348, tout en agissant en tant qu’évêque de Rome, notamment en y instituant le jubilé de 1350.

Il marque davantage les esprits par sa politique curiale :

  • Il renforce la fiscalité.
  • Il renforce la Chambre apostolique.

Son pontificat est surtout marqué par :

  • son népotisme jusqu’au sein du collège cardinalice lui permet d’asseoir son autorité ,
  • sa magnificence manifestée par le mécénat artistique et littéraire, le goût du luxe et de la représentation,
  • les travaux d’agrandissement du palais des Papes d’Avignon en y ajoutant la partie appelée « Palais neuf » au sud avec la grande audience, la grande chapelle et la tour du Pape,
  • la reconstruction de l’abbatiale de La Chaise-Dieu, sa décoration intérieure et la commande de son tombeau.

Il est considéré comme le prédicateur le plus fameux de son temps. Son art oratoire est un aspect majeur non seulement de sa réussite, mais de son exercice du pouvoir pontifical 7.

Les Journées-Rencontres de 2004

En 2004, les Amis de l’abbatiale ont organisé des Journées-Rencontres sur « La Chaise-Dieu et son Pape » avec comme intervenants M. Rapp, M. Erlande-Brandeburg, Mme Costantini. Leurs interventions seront bientôt en ligne.


  1. Aymond de la Queille est le 23e abbé de La Chaise-Dieu de 1294 à 1306, date de sa mort.[]
  2. Texte cité par Étienne ANHEIM, Clément VI, un pape au travail, p. 12.[]
  3. Abbé de 1318 à 1342, date à laquelle il est nommé évêque du Puy par Clément VI.[]
  4. Ms latin, p. 430[]
  5. Dominique BRANCHE, Histoire des ordres monastiques en Auvergne, Paris 1842, p. 236[]
  6. Expression employée par Paul VI dans son discours à l’ONU le 4 octobre 1965.[]
  7. Cf. ANHEIM, p.17[]

Bibliographie sur Clément VI

Étienne ANHEIM, Clément VI au travail, Lire, écrire, prêcher au XIVe siècle, Publications de la Sorbonne, 2014.

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