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Présentation du Propre liturgique de La Chaise-Dieu (D. Th. Barbeau)

Dom Thierry Barbeau, o.s.b., est le sous-prieur de l’abbaye de Solesmes dans la Sarthe

Je remercie M. Jacques Bellut de nous avoir invités à La Chaise-Dieu, que je ne connaissais pas, et c’est un honneur pour moi de me trouver au milieu de vous. Je remercie aussi les frères de Saint-Jean qui nous ont si gentiment accueillis et je voudrais vous parler de l’édition mauriste du Propre des saints de La Chaise-Dieu qui a été imprimé en 1765, et vous avez une copie de cette édition dans la vitrine où vous avez aussi d’autres textes normatifs, liturgiques, propres à la Congrégation de Saint-Maur.

Les mauristes faisaient imprimer en 1765 un petit mais précieux volume aujourd’hui rarissime et pratiquement inconnu qui renferme le Propre des saints de l’abbaye de La Chaise-Dieu. Les déclarations de la Congrégation de Saint-Maur sur le chapitre 9 de la Règle de saint Benoît prévoyaient en effet — et je cite — : que « s’il y a dans les monastères quelques cérémonies locales reçues de longue date, on les transcrira avec les offices propres du monastère, dans un cahier que l’on fera approuver par le chapitre général ». Les mauristes sont donc invités à rédiger cérémonial local, propre liturgique de leur monastère. Ainsi d’ailleurs qu’en feront obligation plusieurs règlements des Chapitres généraux comme celui de 1657. Je ne rappelle pas ici ce que M. Hurel nous a dit ce matin que nous ne sommes plus dans le système d’organisation de l’abbaye à l’époque médiévale, La Chaise-Dieu faisant partie maintenant d’une congrégation centralisée qui compte à peu près deux cents monastères à travers la France, donc au même rang que les autres monastères. Cet ensemble de prescriptions relatif à la liturgie que M. Hurel a récemment aussi présenté autour de la question du cérémonial, cérémonial local et Propre étant intimement liés comme nous le verrons, rejoint un aspect peu connu et pourtant premier de la réforme de Saint-Maur, celui de la restauration, voire dans certains cas de la construction ex nihilo mais ce n’est pas le cas ici à La Chaise-Dieu, de la sacralité de chaque monastère uni à la Congrégation qui se fait par la remise en valeur du culte des saints locaux et par ses diverses manifestations liturgiques qui l’accompagnent : translation de reliques, ostensions, processions, compositions d’offices propres ou créations d’objets, de reliquaires par exemple, dont quelques uns sont conservés dans l’église abbatiale.

Cet aspect proprement religieux de la réforme mauriste est essentiel. Outre le renouveau liturgique inhérent à toute réforme monastique, l’enjeu est ici de taille, la remise en valeur du culte des saints locaux par ailleurs va permettre d’asseoir la réforme et de l’enraciner dans l’histoire de chaque monastère et dans l’histoire, ici prestigieuse, de La Chaise-Dieu. On peut dire que les mauristes arrivent ici en étrangers en 1640 ou 1643, et il leur faut prendre en compte cette histoire prestigieuse de l’abbaye. Cela se fait, entre autres, par ce renouveau de la liturgie et ce renouveau du culte des saints. Le Propre imprimé de La Chaise-Dieu en 1765 s’inscrit et ne peut se comprendre que dans le vaste projet de renouveau à la fois monastique et liturgique entrepris par les mauristes et dont il apparaît dans le domaine spécifiquement liturgique comme l’aboutissement.

Ici, je ne vais pas faire l’histoire de la remise en valeur du culte des saints, je pense en particulier par la confection de nouveaux reliquaires et certainement aussi la reprise des processions des reliques, il faudrait pour cela consulter les sources manuscrites de l’histoire de La Chaise-Dieu qui ne sont pas faciles à repérer. Je vais vous présenter tout simplement ce Propre.

L’édition du Propre

L’édition — il s’agit bien de l’édition du Propre, parce que le Propre en lui-même est antérieur de quelques années à l’édition. Alors l’édition imprimée du Propre de La Chaise-Dieu dont vous avez une photocopie de la page de titre, porte sur la page de titre Page de titre du Propre de La Chaise-Dieu, photocopie Proprium ad usum…

Propre à l’usage
du pontifical et royal monastère
Saint-Robert de La Chaise-Dieu
de l’ordre de Saint-Benoît
,
Congrégation de Saint-Maur,

Laudate Dominum in sanctis ejus
Louons le Seigneur dans ses saints. Ps 150

à Clermont-Ferrand sur les presses de Louis-Pierre Boutaudon [1], 1765,
avec l’autorisation facultate des Supérieurs.

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Annexe I. Répertoire des Propres des saints

Robert Amiet dans son répertoire des Propres des saints signale deux exemplaires de cette édition rarissime, l’une conservée à Paris à la Bibliothèque nationale de France et l’autre à l’abbaye de Saint-Wandrille. C’est ce dernier exemplaire que je vais utiliser et qui porte sur la page de titre la mention suivant « ex libris Casa Dei ». Donc l’exemplaire conservé actuellement à Saint-Wandrille est un exemplaire qui provient directement de l’abbaye de La Chaise-Dieu. C’est l’exemplaire qui a été consulté pour cette étude.

Voici la description sommaire de l’ouvrage dont vous avez une copie mais qui est une photocopie, malheureusement, mais qui donne quand même une idée de l’ouvrage. Il s’agit d’un volume relié au format in octavo qui se compose de quarante-quatre pages, paginées en chiffres romains, qui donnent les introductions, c’est-à-dire la préface, la table des fêtes mobiles, le calendrier et un Ordo solemnitatum très intéressant que nous allons voir en détail et il est composé ensuite de trois cent soixante-quatorze pages qui offrent les textes des offices des saints inscrits au Propre.

L’édition reproduit à la fin du volume l’approbation du travail de révision du Propre par le Chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur, approbation datée de Marmoutiers le 20 mai 1751. L’acte est signé des députés chargés de l’examiner : Dom Charles Chapusse, Dom Vincent Mercland et Dom Jacques Barescuse. Et il est signé aussi de Dom Jean-Nicolas Chrétien, Définiteur et secrétaire du Chapitre, ceci conformément aux déclarations — je vous ai lu ce passage des déclarations — qui soumettait l’approbation d’un Propre à l’aval du Chapitre général. L’impression du Propre intervenait donc 14 ans après son approbation par les autorités supérieures de la Congrégation et le volume imprimé donne également l’approbation accordée en avril 1751 par le Conseil de la communauté des mauristes local, ici à La Chaise-Dieu, dom Léon de S…, le prieur, dom Léonard Brunier qui est connu par ailleurs, le sous-prieur et les deux seigneurs, c’est-à-dire les deux conseillers qui ont été élus par la Communauté ont été étrangement biffé sur l’exemplaire conservé à Saint-Wandrille et je n’ai pas pu les identifier. Il faudrait avoir recours à l’exemplaire conservé à la Nationale. Le Propre de La Chaise-Dieu à l’époque moderne nous est uniquement connu par ces éditions imprimées de 1765. Il ne semble pas qu’il y ait de manuscrits ou de recueils manuscrits qui auraient pu être utilisés au chœur à l’usage direct des moines. Je n’en ai pas trouvé dans les différents dépôts d’archives. Cette dernière édition constitue aujourd’hui l’un des très rares témoins du culte des saints locaux du monastère à l’époque moderne et des précieux formulaires liturgiques qui s’y rattachent. Évidemment, je ne vais faire ici que présenter cette édition, ce texte important mais si cela pouvait susciter aussi quelques vocations de chercheurs parmi les étudiants, ce serait bienvenu.

La restauration du culte des saints entrepris par les mauristes, la correction des offices, l’insertion ou la composition de nouvelles pièces liturgiques, sans oublier l’adoption du Sanctoral de la Congrégation de Saint-Maur, parce que les moines mauristes ici, quand ils arrivent, sont obligés aussi de suivre le Sanctoral, c’est-à-dire les fêtes des saints qui sont communes à toute la Congrégation, donc le Propre va bien sûr se définir par rapport à ce Sanctoral commun à la Congrégation. Tout ceci devait nécessairement entraîner la révision et la refonte complète du Propre. Les mauristes de La Chaise-Dieu ne sont pas les seuls à avoir entrepris ce travail de composition d’un nouveau Propre des saints de leur abbaye, ils ne furent pas non plus les seuls à en assurer l’impression. Dans son répertoire, Dom Amiet a inventorié pas moins de dix-sept Propres imprimés qui sont connus pour l’instant, particuliers à des monastères ayant appartenu à la congrégation de Saint-Maur et qui sont parvenus jusqu’à nous. C’est l’annexe I qui donne la liste exhaustive — pour l’instant — de ces Propres imprimés composés pour des monastères de la Congrégation de Saint-Maur. Donc voici très rapidement présentée l’édition de ce Propre. Maintenant plus intéressants sont les principes de révision.

Les principes de révision

L’édition du Propre des saints de La Chaise-Dieu présente plusieurs particularités qui ne se trouvent pas dans les autres éditions mauristes. C’est ce qui fait de ce document un objet d’étude de premier ordre. Elle est dotée d’abord d’une longue préface de dix pages, que je n’ai jamais rencontrée — M. Hurel non plus — dans ce genre d’édition. Celle-ci n’est pas signée, mais elle a été vraisemblablement rédigée par l’auteur du Propre ou, du moins, par son principal artisan sur lequel malheureusement nous ne savons rien. Nous ignorons même jusqu’à son identité. Alors peut-être que des archives plus locales — ou la correspondance — permettraient d’identifier les principaux artisans de cette révision du Propre, ou peut-être même l’auteur principal. Cette Préface qui décrit le travail de révision, s’attache notamment à en présenter les principes et elle est ici d’un très grand intérêt puisque c’est la seule édition qui donne les principes de révision. Généralement, c’est une étude du Propre, c’est une étude du calendrier et une étude des offices inscrits au Propre — et une étude souvent comparative avec les offices antérieurs, de l’époque médiévale —, qui nous permettent de saisir les principes de révision qui étaient en usage dans la Congrégation de Saint-Maur. Ici, les principes sont présentés clairement, du moins pour le Propre de La Chaise-Dieu. Il est d’abord fait mention du bréviaire de La Chaise-Dieu imprimé à Lyon en 1553. Donc c’est par rapport à ce bréviaire du XVIe siècle, imprimé en 1553 que la révision du Propre mauriste va se situer. Édition pour laquelle une première révision du Propre avait déjà été réalisée en ce milieu du XVIe siècle. Les casadéens avaient déjà imprimés à Lyon en 1527 un missel propre, si on peut dire, à leur usage. C’est donc sur le bréviaire de 1553, auquel il sera fait souvent référence, que s’appuie le nouveau travail proposé par les mauristes. Ces derniers s’y étaient d’ailleurs conformés dans les premiers temps de leur installation à La Chaise-Dieu, d’après ce que nous dit la Préface, mais par la suite, ils s’en étaient affranchis, choisissant de façon plus ou moins arbitraire de fêter, ou pas, tel ou tel saint inscrit pourtant au Propre de l’abbaye, ou encore d’en introduire de nouveaux. Et on comprend, car on est en présence ici d’un Sanctoral extrêmement riche, et on comprend que ces nouveaux venus que sont les mauristes ont du mal se retrouver dans le Sanctoral propre de l’abbaye de La Chaise-Dieu. C’est afin de remédier à cette situation quelque peu anarchique qu’une révision du Propre sur des bases objectives et quelque peu scientifique a été entreprise. Ici, je ne fais que vous transcrire ce que dit la Préface.

Le nouveau calendrier

Le travail de révision a d’abord porté sur l’élaboration d’un nouveau calendrier, ce qui est absolument essentiel. Dans ce nouveau calendrier, il s’agit tout simplement de définir quelles sont les fêtes des saints qui vont entrer dans la composition du Propre. La Préface va s’employer à justifier les différentes catégories de saints qui entrent désormais dans la composition du Propre de La Chaise-Dieu. À vrai dire, le nouveau calendrier s’écarte peu de celui du bréviaire de 1553. Le seul changement vraiment important est l’introduction des fêtes des saints patrons des prieurés dépendants de l’abbaye célébrés comme « double-majeur » conformément à ce qu’avait décréter le Chapitre générale de 1739 demandant que dans chaque monastère de la Congrégation de Saint-Maur, on fasse l’office pour les titulaires des prieurés. Donc c’est le seul changement vraiment manifeste apporté par rapport au calendrier de 1553.

Le nouveau calendrier conserve aussi, à l’exception de deux saints douteux, sancta Galla et sanctus Donatus, les fêtes des saints que le bréviaire de 1553 célébrait à huit leçons. De même que celles des saints patrons des abbayes et prieurés conventuels qui dépendent, ou ont dépendu par le passé, de La Chaise-Dieu. La Préface fait remarquer que le nombre de ces saints n’est pas élevé puisque, comme la plupart de ces monastères sont voués à Notre-Dame, à saint Pierre, à saint Michel, à saint Laurent ou à d’autres saints dont la solennité est aussi célébrée par toute l’Église, leur introduction au Propre ne pose donc pas difficulté. Ont été conservés également, les saints dont la ville de La Chaise-Dieu, depuis toujours, revendique le patronage. Et la Préface dit à ce propos, (je vous propose la traduction d’un latin qui n’est pas facile, donc vous voudrez bien excuser le français tout à fait approximatif de mes citations, mais j’ai essayé de traduire le plus littéralement possible le latin de cette Préface) :

Il s’ensuit ceci à partir du vieux bréviaire — donc celui de 1553 —, nous avons jugé que la mémoire de ces saints devait être de nouveau insérée dans le nouveau calendrier en ne modifiant que peu de choses de peur que, alors que nous ne sommes pas tenus de suivre les anciens usages, nous soyons regardés comme opposés à ces rites qui, tels que nous les lisons, ont été consacrés par les rubriques de notre Congrégation. [Ici, on ne sait pas trop si c’est la Congrégation de Saint-Maur ou l’ancienne Congrégation Saint-Robert de La Chaise-Dieu.] Ainsi donc, poursuit la Préface, dans l’élaboration de ce Propre, tel fut notre propos, à chaque fois qu’il sera possible que les vestiges des anciennes coutumes de cette maison concernant la célébration des saints ne fassent pas défaut dans leur intégrité. Nous avons été poussés à cela surtout pour rendre hommage à la pieuse volonté et au désir de beaucoup. Tous les autres célèbrent leurs saints. Qui nous empêche donc de célébrer les saints locaux que nous voyons célébrés dans la dernière édition du bréviaire depuis deux cents ans.

Toujours cette référence accordée à la première révision du Propre à l’époque moderne, c’est-à-dire au XVIe siècle, avec ce bréviaire de 1553.

Le nouveau calendrier révisé par les mauristes reprend aussi à son compte d’anciennes ou de plus récentes dévotions en honneur au monastère de La Chaise-Dieu. Je pense que c’est quelque chose qui va vous intéresser tout particulièrement de savoir quelles étaient les grandes dévotions ici à l’époque médiévale et qui sont encore vives à l’époque moderne.

Vierge des douleursAinsi l’office de la compassion de la bienheureuse Vierge Marie qui était célébré le vendredi suivant le dimanche de la Passion et on apprend ainsi qu’il existait, d’après la Préface, —préface qui peut dater des années qui ont précédé l’édition, donc les années 1764 —, qu’il existait dans l’église abbatiale, dans une chapelle à part, un autel dédié à la bienheureuse Marie compatissante. Et la Préface se croit obligée de préciser à propos de ce nouvel office qui apparemment n’est pas inscrit dans le calendrier du bréviaire de 1553, — il faudrait vérifier, je n’ai pas eu pour l’instant d’opportunité de vérifier sur ce calendrier —, voilà ce que dit la Préface à propos de ce nouvel office :

Et si sur cela quelque chose semble révéler de la nouveauté qu’on accorde à notre désir d’imiter en tous points la constante piété des Anciens envers la Vierge Marie. Ils manifestaient par une preuve perpétuelle combien elle était agréable à saint Robert, fondateur et premier abbé de cette maison, en s’acquittant chaque jour de son office [on a fait allusion ce matin à la dévotion mariale du fondateur de La Chaise-Dieu]. De plus, il faut remarquer dans l’ancien bréviaire, outre la fête de la Visitation célébrée avec octave [ce qui ne se fait pas dans le calendrier de l’Église universelle], les autres solennités saintes pour la très sainte Mère de Dieu et différentes des célébrations admises par l’usage de toute l’Église.

Donc une dévotion particulière à Notre Dame ici, à La Chaise-Dieu, qui est marquée par cet office de la Compassion que les mauristes introduisent au Propre, cela semble être une nouveauté, et aussi par une solennité plus grande accordée aux fêtes de Notre-Dame.

Sainte Couronne d'Epines, Notre-Dame de ParisIl faut aussi noter le lundi après le premier dimanche de Carême, l’office de l’adoration de la Sainte Épine, puisque La Chaise-Dieu possède une relique dans son trésor et qui, selon la Préface :

Selon un usage très antique et très reçu des habitants, se fait solennellement par le même rite que l’adoration de la croix le Vendredi Saint.

Et ce, précise encore la Préface comme pour se justifier, à l’exemple de l’Église de Clermont qui possède elle aussi une relique de la Sainte Épine et célèbre chaque année l’anniversaire de sa réception par un office propre.

Et vous avez dans le Propre, un office complet propre pour l’adoration de la Sainte Épine. Très intéressant puisque d’autres monastères de la Congrégation de Saint-Maur possédaient des reliques de la Saint Épine, le plus connu est Saint-Denis en France, et il serait intéressant de vérifier dans le Propre, puisqu’il existe un Propre imprimé de Saint-Denis, comment est présenté [cet office], est-ce que ce sont les mêmes textes dans les deux cas qui composent l’office. Et puis notre petit prieuré de Solesmes, avant de devenir l’abbaye que l’on connaît, possédait aussi une relique de la Sainte Épine et on fêtait aussi au Propre, un Propre qui était quasiment inexistant pour un tout petit prieuré comme Solesmes, et on fêtait aussi un office de cette relique qui est une relique insigne de la Passion.

Enfin, le calendrier prévoit aussi une fois l’an, la récitation de l’office en l’honneur des Cinq Plaies du Sauveur que les Anciens — donc c’est une dévotion ancienne, médiévale, ici propre à La Chaise-Dieu — disaient une fois par mois. Et la Préface signale aussi à ce propos l’existence dans l’église abbatiale d’un autel du Crucifix, mais cela n’a rien d’extraordinaire, les autels du Crucifix on en trouve dans toutes les églises abbatiales.

Les degrés de célébration

La révision du Propre touche aussi aux divers degrés de célébration des fêtes — c’est important, ce n’est pas seulement le choix des saints mais c’est aussi la façon dont on va les célébrer. Un saint qui est célébré comme simple commémoration, simple mémoire dans une abbaye et qui, dans une autre, va être célébré comme une solennité de premier ordre est quand même la preuve que ce saint avait plus d’importance, qu’on accordait plus d’importance à la fête de ce saint pour des raisons concrètes que je vais essayer de vous montrer—. Celles-ci sont converties selon la classification alors en usage sans qu’il y ait eu, dit le bréviaire, à s’écarter entièrement des rites antiques. Ainsi par exemple, les fêtes célébrées in capis, c’est-à-dire en chape, dans le bréviaire de 1553, le sont désormais comme double-majeur.

La révision des offices liturgiques

Enfin après avoir donné les principes suivis dans l’élaboration du calendrier, la Préface traite de la révision des offices liturgiques eux-mêmes. Donc ce n’est pas seulement le choix des saints, mais c’est aussi une refonte entière des pièces qui composent les offices de chacune des ces fêtes. Certains de ces offices ont été entièrement réécrits en s’inspirant le plus possible de l’Écriture, selon l’option prise à l’époque, et mise en œuvre dans l’édition des nouveaux livres liturgiques qu’une certaine historiographie appelle néo-gallicans.

Un petit nombre d’hymnes a été emprunté aux Propres d’autres Églises particulières, d’autres hymnes ont été composées exprès pour la fête. C’est intéressant, il y a ici une création à La Chaise-Dieu d’hymnes nouvelles pour fêter ses saints. Malheureusement, c’est difficile, il faudrait comparer ces offices avec les offices antérieurs inscrits dans le bréviaire de 1553 pour se rendre compte quelles sont les hymnes nouvelles qui ont été introduites, il faudrait voir lesquelles ne figurent pas dans d’autre Propres, surtout le bréviaire de l’Église de Clermont et essayer par ce biais là de discerner les hymnes qui ont été réécrites à l’époque mauriste, et réécrites sur place, ici à La Chaise-Dieu. En parlant des hymnes la Préface dit :

Ces dernières ne sont pas, certes, très élégantes mais bien réglées sur la mesure des vers et sont accommodées à leurs fêtes au premier regard puisqu’elles chantent les louanges particulières des saints auxquels elles appartiennent.

Office de saint Robert Je pense que cela doit être particulièrement le cas des hymnes révisées de la fête de saint Robert. Pour justifier le recours habituel des hymnes propres, préférées à celles des communs qu’on peut utiliser. Par exemple, si on a un martyr, on peut toujours avoir recours au commun des martyrs, donc une hymne qui se trouve dans le commun des martyr, mais on préfère ici utiliser des hymnes propres à la fête. Et pour cela la Préface invoque l’autorité de saint Basile selon laquelle autorité saint Basile dit « la diversité et la variété sont utiles dans la prière parce que l’esprit s’engourdit dans l’uniformité mais par le changement son désir est renouvelé et l’attention restaurée ».

Pour cette même raison, les oraisons propres ont été aussi multipliées. Ces dernières ont été tirées des nouveaux bréviaires approuvés et adaptées aux saints célébrés. De même pour les antiennes du Benedictus et du Magnificat placées aux fêtes pour lesquelles elles sont plus appropriées. Une attention particulière a été portée au choix des leçons en écartant les récits plus ou moins légendaires au profit des textes historiques extraits eux aussi des bréviaires corrigés, — donc toujours cette référence au travail de révision qui date déjà de plusieurs années qui a été entrepris dans les diocèses — qui ont été récemment publiés.

Les outils utilisés pour la révision

Et la Préface se termine en indiquant quelques uns des instruments de travail qui ont été utilisés pour la révision du Propre. En premier lieu les conseils de dom Christophe Chapeau qui est l’auteur du Propre de l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély imprimé et qui semble avoir eu une grande compétence dans ce domaine. Parmi beaucoup d’autres, le Propre du diocèse de Montpellier très intéressant puisque c’est le Propre publié sous l’autorité de l’évêque de Montpellier dont on a parlé ce matin et qui est Colbert et qui est un ami proche des milieux jansénistes. D’ailleurs on peut se poser la question de l’impact des Appelants sur la révision des Propres. À propos du Propre du diocèse de Montpellier, la Préface dit :

L’auteur [2] doit être dit d’un jugement le plus exquis.

Bien sûr, parmi les instruments de travail, il y a aussi les Acta Sanctorum [3] et les Annales de Mabillon [4] « très utilisés » dit la Préface et « Payet [ ?] qui fait mention de presque tous nos saints locaux. »

La lecture de cette Préface révèle donc les principes qui ont présidé à la révision par les mauristes du Propre des saints de La Chaise-Dieu. Ces derniers peuvent s’articuler en définitive autour de deux axes :
- d’une part la fidélité à la longue tradition liturgique du monastère qui se traduit par la reprise pratiquement inchangée du calendrier du bréviaire de 1553 avec ce désir de ne rien omettre dans la liste des saints célébrés par les anciens casadéens,
- et d’autre part, un réel souci d’exigence critique dans la révision ou la composition des offices liturgiques par l’adoption des grands principes, retour aux textes de l’Écriture et à la critique historique notamment, mise en œuvre à l’époque dans l’édition des nouveaux livres liturgiques (missels, bréviaires et Propres des diocèses et congrégations religieuses).

L’Ordo solemnitatum

Après la présentation des principes de révision qui sont détaillés de façon opportune dans la Préface, voyons maintenant une deuxième partie introductive, et qui est aussi une particularité de ce Propre, qui est l’Ordo solemnitatum.

L’édition, en effet, du Propre de La Chaise-Dieu voit cette particularité de publier dans ses pages introductives un Ordo solemnitatum. Il s’agit d’un ordre des célébrations qui prévoit quel doit être à l’abbaye de La Chaise-Dieu le déploiement extérieur des rites pour chacun des neuf degrés de solennité de toutes les célébrations de l’année liturgique, pas seulement des fêtes inscrites au Propre. Elle est en quelque sorte un préliminaire au cérémonial local auquel elle renvoie, comme elle renvoie également au cérémonial de la Congrégation de Saint-Maur. Il y avait un cérémonial pour l’ensemble de la Congrégation et un cérémonial local. Un cérémonial prévoit dans le détail le déploiement, la place des ministres, ce que le prêtre doit faire, etc… Malheureusement le cérémonial local semble avoir disparu. Donc ici on a un témoignage direct et très précieux sur le déploiement liturgique, malheureusement très schématique, des grandes fêtes telles qu’elles étaient célébrées à l’époque moderne, ici, à La Chaise-Dieu.

Je me propose ici de reproduire cet Ordo et les différents niveaux de célébration des fêtes qui commandent un déploiement plus ou moins grand du cérémonial et qui entrent dans la composition de tout Propre liturgique. En outre, il offre un témoignage de premier intérêt sur la liturgie à La Chaise-Dieu à l’époque moderne.

Vous avez donc neuf degrés de solennité.

Fêtes à cinq chantres

Détail du retable de la Pentecôte Le premier degré, ce sont les fêtes principales ou à cinq chantres ou qu’on appelle aussi dans les calendriers ou à Saint-Maur, des solennités de premier ordre. Ici, cette dénomination « cinq chantres » est manifestement la dénomination traditionnelle médiévale utilisée à La Chaise-Dieu. Les cinq chantres qui officient donnent leur nom à ces principales fêtes. En plus de ceux-ci, cinq autres chantres, revêtus du pluvial, c’est-à-dire la chape, sont invités par le cérémoniaire à chanter le deuxième répons au retour de la procession dans l’odéon [odeo dit le texte latin, je pense que c’est le chœur des moines], qui chantent aussi le graduel de la messe et le premier alléluia devant, dit l’Ordo, la statue de bronze de Moïse dont il a été question ce matin [5]. Le cérémoniaire paraît à la messe et aux deux vêpres. Lors de ces grandes fêtes, fêtes principales, une procession en chape a lieu avant la messe. On y porte toutes les reliques [les reliques insignes] que l’on encense une première fois au chœur au début de la procession et une seconde fois dans la nef à son retour. À la messe et à la procession, en plus des deux diacres, des deux sous-diacres et des ministres inférieurs, un troisième diacre porte la croix patriarcale [privilège pontifical de l’abbaye de La Chaise-Dieu] et à défaut de diacre, un acolyte, revêtu de l’aube et de la tunique [la tunique du diacre] portera une autre croix, mais une croix tout à fait différente et que le Propre appelle crucem novum, donc une croix qui vient d’être commandée par les mauristes. La sonnerie de toutes les cloches est la plus solennelle et on utilise comme ornement pour les autels l’ornement le plus resplendissant d’or et d’argent. De même pour les tapis et toutes les parures qui sont les plus précieuses de tous. Donc vous voyez, c’est le décorum maximum.

Les fêtes principales ainsi célébrées en plus des grandes solennités de l’année liturgique [c’est-à-dire Pâques, Noël, Pentecôte, etc…], sont
- la saint Benoît, bien sûr, le 21 mars, mais cela c’est dans le calendrier du bréviaire de Saint-Maur, mais inscrit au Propre de La Chaise-Dieu
- celle de son fondateur et son premier abbé, saint Robert, le 24 avril.
Donc la saint Robert le 24 avril est fêtée selon ce déploiement liturgique comme fête principale à cinq chantres et c’est la seule fête du Propre qui est ainsi célébrée.

Fêtes à quatre chantres

Viennent ensuite les fêtes moindres, « moins principales » — c’est ainsi que l’on peut traduire le latin — ou de premier ordre à quatre chantres. Cette seconde classe de solennité diffère de la première selon les points suivants : Le cérémoniaire n’est pas paré, quatre chantres seulement sont présents, on ne porte pas les reliques à la procession qui se fait cependant avec pluvial, la sonnerie est la même ainsi que l’ornementation des autels mais les pluvials et autres sont moins précieux. Cette solennité, comme la précédente est célébrée par le prieur.

Sont ainsi fêtés dans le Propre de La Chaise-Dieu, parce qu’il y a aussi d’autres fêtes qui sont au sanctoral de l’Église universelle ou au calendrier de l’Église universelle,
- l’anniversaire de la Dédicace de l’église abbatiale le 15 juillet [6],
- la translation des reliques de saint Robert le 19 octobre,
- les saints Vital et Agricol, patrons de l’église du monastère et du monastère le 4 novembre.

Fêtes à deux chantres

Après vous avez différents degrés de fête dont je vais vous faire un survol très rapide. Je vais vous donner les fêtes auxquelles la messe conventuelle est célébrée avec deux chantres. Ces fêtes ne diffèrent pas des fêtes de troisième ordre mais c’est la présence des deux chantres à la messe qui justifie leur appellation. L’ornement des autels, le nombre des cierges et la sonnerie des cloches doivent être les mêmes qu’aux vêpres. Malheureusement l’Ordo ne donne pas de précision à ce sujet. Et il est fait référence ici au cérémonial local et au cérémonial de Saint-Maur. Et ces fêtes sont célébrées par l’hebdomadier, c’est-à-dire le moine qui est chargé d’assurer la présidence des offices pendant une semaine, ou les officiers du ministère.

Fêtes de 3e ordre

Vous avez enfin les fêtes de troisième ordre. Sont ainsi fêtées au Propre de La Chaise-Dieu, comme fêtes du troisième ordre,
- saint Alleaume le 30 janvier,
- saint Julien de Brioude le 28 août
- ainsi que la fête de la translation des reliques des saints Vital et Agricol le 27 novembre.

Fêtes double-majeur du Propre

Enfin, vous avez les fêtes double-majeur qui sont célébrées dans le Propre. Ce sont les offices de
- l’adoration de la Sainte Épine, dont j’ai parlé, le lundi suivant le premier dimanche de Carême,
- les Cinq Plaies du Sauveur le 14 mars,
- la Compassion de la bienheureuse Vierge Marie le vendredi après le dimanche de la Passion.
- Mais aussi, entre autres, saint Germain d’Auxerre le 31 juillet qui est fêté comme double-majeur, donc un degré de solennité assez important, les historiens de La Chaise-Dieu doivent savoir pourquoi saint Germain d’Auxerre a une place particulière ici dans l’histoire de La Chaise-Dieu,
- saint Roch, très populaire, le 16 août
- et saint Nicolas le 6 décembre.

Fêtes doubles de quatrième ordre

Vous avez aussi les fêtes doubles de quatrième ordre. Dans le Propre de La Chaise-Dieu, les saints fêtés ainsi sont
- saint Hugues de Grenoble, c’est normal vu les liens qui existent entre La Chaise-Dieu et saint Hugues le 1er avril ;
- sainte Gemma du fait des dépendances du prieuré, de l’abbaye de Saint-Gemma qui dépendait de La Chaise-Dieu le 20 juin
- et sainte Foy le 6 octobre.

Le calendrier

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Annexe II. Calendrier du Propre

Passons au calendrier (voir Annexe II). Quand vous ouvrez le Propre de La Chaise-Dieu, vous avez un calendrier général, vous avez toutes les fêtes qui sont célébrées à La Chaise-Dieu aussi bien les fêtes inscrites au Propre que les fêtes célébrées en commun avec la Congrégation de Saint-Maur ou tout simplement avec l’Église universelle. Donc je n’ai reproduit dans ce calendrier que les fêtes qui sont vraiment inscrites au Propre de La Chaise-Dieu. Je vais essayer de vous présenter les principes qui sont mis en œuvre dans l’élaboration de ce calendrier. La lecture de ce calendrier permet de rendre compte des divers éléments qui entrent dans la composition du Propre de La Chaise-Dieu et de s’en faire une juste idée. Pour dresser ce calendrier, il suffit de relever la liste des fêtes accompagnées de leur date liturgique et du degré de leur célébration. Cette dernière indication a son importance pour l’intelligence du Propre car elle précise l’importance relative accordée à chaque fête et, à travers elle, à chaque saint.

La classification du degré de solennité n’offre rien de vraiment original et suit l’usage courant, celui en particulier adopté dans la Congrégation de Saint-Maur. Vous avez « simple », « semi-double », « double », « double-majeur », « double de 2e classe » ou de « 1ère classe » et pour les plus grandes solennités et fêtes, la dénomination a repris celle de l’Ordo solemnitatum particulière à La Chaise-Dieu donc en fête principale à cinq chantres et en fêtes moins principales de 1er ordre à quatre chantres. Les fêtes sont donc célébrées selon quatre rites aussi distincts : 2e, 3e, 1er, 4e ordre qui regardent le déploiement extérieur des rites conformément aux prescriptions très générales de l’Ordo solemnitatum et celles plus précises du cérémonial local et de celui de la Congrégation de Saint-Maur. Le Propre ne recouvre évidemment pas la totalité des fêtes des saints célébrées à l’abbaye de La Chaise-Dieu où les moines mauristes sont tenus aussi de suivre le calendrier de la Congrégation de Saint-Maur qui reproduit lui-même le calendrier de l’Église universelle, calendrier tel qu’il se trouve à l’en-tête du bréviaire monastique à l’usage spécifique de la Congrégation imprimé pour la première fois en 1662 et dans ses éditions successives : 1687 ou 1763.

Le calendrier imprimé dans l’édition du Propre de La Chaise-Dieu est un calendrier général donnant toutes les fêtes du sanctoral. Donc, c’est par rapport au calendrier général de la Congrégation de Saint-Maur que le Propre de La Chaise-Dieu entend se démarquer. Le Propre est constitué des fêtes des saints que La Chaise-Dieu entend célébrer en particulier ou qui figurant déjà au calendrier de Saint-Maur seront quand même inscrits au Propre de La Chaise-Dieu puisque célébrées avec plus de solennité.

Donc un premier rapprochement avec le calendrier de Saint-Maur révèle que plusieurs fêtes inscrites sur celui du Propre de La Chaise-Dieu sont communes au monastère et à la Congrégation et sont signalées par un astérisque dans les feuilles que vous avez sous les yeux à la suite du nom du saint dans le calendrier. Mais la plupart de ces dernières fêtes n’y figurent que parce qu’elles sont célébrées à une date différente, empêchées qu’elles sont par une fête à caractère local qui l’emporte sur le Sanctoral de la Congrégation. C’est donc uniquement à titre de fêtes déplacées que celles-ci se trouvent insérées dans le calendrier de La Chaise-Dieu et la date que leur assigne ce dernier est le premier jour laissé libre à la fois par le Propre du monastère et le calendrier de la Congrégation.

Pour vous donner quelques exemples, ainsi les saints fêtés n’entrent pas dans la composition du Propre de La Chaise-Dieu. Tel est le cas de la fête de sainte Martine le 30 janvier qui est reportée au 20 février dans le calendrier du Propre de La Chaise-Dieu. En effet, les casadéens fêtaient le 30 janvier saint Alleaume comme fête double de 2e classe, de 3e ordre donc c’était une fête qui primait sur la fête inscrite au calendrier de Saint-Maur.

Il en est de même de la fête de saint Augustin le 28 août déplacée la veille. En effet, le 28 août, La Chaise-Dieu fêtait saint Julien de Brioude comme fête double de 2e classe de 3e ordre. On comprend d’ailleurs que saint Julien ait prévalu même sur le grand saint Augustin puisque c’est un saint local fêté comme double de 2e classe.

Plusieurs fêtes communes aux deux calendriers de La Chaise-Dieu et de Saint-Maur sont également inscrites à la même date mais célébrées à des degrés différents de solennité. Les saints célébrés ainsi peuvent être considérés comme appartenant à part entière au Propre de La Chaise-Dieu à l’encontre des précédents dont la date de la fête était souvent déplacée. Parmi ceux-ci
- saint Hilaire de Poitiers le 14 janvier célébré comme double-majeur à La Chaise-Dieu mais comme demi-double dans la Congrégation,
- ou encore saint Félix de Nole dont on fait la simple commémoration dans la congrégation de Saint-Maur mais qui est célébrée comme double à l’abbaye de La Chaise-Dieu.
- Il faudrait citer saint Anselme le 21 avril qui est fêté comme double dans le bréviaire de Saint-Maur mais comme double-majeur de 3e ordre dans le Propre, le saint Archevêque de Canterbury étant regardé aussi comme bienfaiteur de La Chaise-Dieu. Il y a un lien particulier entre saint Anselme et La Chaise-Dieu.

Le choix de célébrer ces fêtes avec plus de solennité créé ici leur appartenance. Le fait qu’elles soient célébrées avec plus de solennité est ce qui créé leur appartenance au Propre du monastère.

Les autres fêtes de saints entrant dans la composition du Propre de La Chaise-Dieu sont facilement identifiables sur le calendrier parce que vous avez un système, qui est aussi une particularité de cette édition : une lettre de l’alphabet A B C D P R S indique à quel titre une fête est inscrite au calendrier. Une fête d’ailleurs pouvant y figurer à plusieurs titres. Il s’agit d’une particularité de cette édition. Ces lettres sont légendées en tête du calendrier selon sept rubriques et elles se rapportent aux différentes catégories de saints dont la préface avait longuement parlé en présentant le travail de révision.

Venons-en à ces différentes rubriques.

Les différentes rubriques

La lettre A

Office des SS Vital & Agricol Tout d’abord viennent les fêtes désignées par la lettre A qui, primario jure, sont vraiment propres à l’abbaye de La Chaise-Dieu. Ces fêtes sont au nombre de huit. Ce sont les grandes fêtes du Propre de La Chaise-Dieu : vous avez celles de
- saint Alleaume le 30 janvier,
- saint Hugues de Grenoble le 1er avril,
- saint Anselme de Canterbury le 21 avril,
- saint Robert le 24 avril,
- la Dédicace de l’église abbatiale le 15 juillet ,
- la fête de la translation des reliques de saint Robert le 19 octobre,
- la fête des saints Vital et Agricol le 4 novembre
- et enfin la translation des reliques des ces derniers le 27 novembre.

Ces fêtes sont célébrées selon le degré de solennité le plus important. La présence de ces fêtes en tête du Propre se justifie aisément, on peut dire qu’on a là le « noyau dur » du Propre, puisqu’elles se rapportent au fondateur de l’abbaye, saint Robert, aux saints patrons d’origine saints Vital et Agricol qui sont les premiers saints patrons de l’église abbatiale, l’anniversaire de la Dédicace de l’église abbatiale et qui honore aussi des saints attachés de façon étroite à l’histoire de l’abbaye : saint Alleaume qui a plusieurs appellations, en fut le 3e abbé, saint Hugues vint s’y réfugier et prit l’habit de saint Benoit et saint Anselme en fut l’un des bienfaiteurs, donc on sait pourquoi ces fêtes arrivent en premier dans le Propre.

La lettre B

Arrivent ensuite les fêtes désignées par la lettre B qui se trouvent déjà au bréviaire imprimé de 1553 et on peut dire, même si les autres y figuraient déjà, qu’on a ici un fond commun du Propre de La Chaise-Dieu. Elles y figurent à un titre particulier, sauf dans le cas très fréquent où la lettre B est suivie d’une autre lettre qui précise la raison de leur inscription au calendrier. Vous avez, entre autres,
- la décollation de saint Jean Baptiste,
- sainte Foy,
- saint Austremoine, apôtre de l’Auvergne et premier évêque de Clermont qui est fêté, comme dans le diocèse de Clermont le 8 novembre, comme double de 2e classe de 3e ordre,
- sainte Catherine
- et saint Nicolas.

La lettre C

Puis vous avez les fêtes désignées par la lettre C qui sont celles des saints patrons des monastères qui autrefois ou aujourd’hui dépendent encore de La Chaise-Dieu : vous avez par exemple sainte Gemma.

La lettre D

Puis viennent les fêtes spécifiées par la lettre D qui sont celles des saints vénérés par une dévotion très ancienne. Ici vous avez
- la bienheureuse Marie compatissante dont j’ai déjà parlé,
- mais vous avez aussi saint Marcel,
- saint Roch,
- saint Géraud d’Aurillac, vu ses liens possibles avec saint Robert puisqu’il est peut-être apparenté à saint Robert, le 13 octobre qui est célébré comme semi-double et saint Géraud figurait déjà au bréviaire de 1553.

La lettre P

Enfin viennent les fêtes des saints patrons des prieurés soumis juridiquement à l’abbaye de La Chaise-Dieu qui sont signalés par la lettre P. Ils sont en très petit nombre. C’était une décision prise par le Chapitre général de 1739. Vous avez par exemple sainte Marie Madeleine le 22 juillet qui est fêtée comme double-majeur alors que dans la Congrégation de Saint-Maur, elle l’est seulement comme double. Et sainte Marie Madeleine occupe certainement une place particulière dans le Propre de La Chaise-Dieu.

La lettre R

Les fêtes désignées par la lettre R sont celles des saints dont l’abbaye de La Chaise-Dieu conserve des reliques dans sont trésor. Ce sont des fêtes de moindre importance et en petit nombre. On a
- saint Sébastien, donc on a des reliques de saint Sébastien à l’époque mauriste ici, le 20 janvier.
- Vous avez aussi saint Blaise de Sébaste,
- l’adoration de la Sainte Épine
- et vous avez aussi une relique de saint Jean.

La lettre S

Enfin, il faut signaler les fêtes des saints désignées par la lettre S qui sont celles des saints patrons d’une église, église diocésaine, avec laquelle l’abbaye de La Chaise-Dieu avait autrefois établi des liens de confraternité — Le latin dit societas. Ce sont les fêtes de
- saint Georges du Velay, regardé comme premier évêque du Velay le 10 novembre.
- Saint Josy le premier évêque du Puy le 12 novembre
- et saint Allyre de Clermont le 14 décembre.

Ici on a en fait les fêtes qui montrent les liens qui existaient entre La Chaise-Dieu et les deux églises diocésaines que sont les églises du Puy et de Clermont. Ces fêtes sont toujours célébrées comme double et, en dehors de la saint Georges du Velay, apparaissent déjà dans le bréviaire de 1553.

L’étude du calendrier du Propre de La Chaise-Dieu révèle la fidélité des mauristes à la longue tradition liturgique et hagiographique de l’abbaye. Ce Propre témoigne de leur préoccupation déjà exprimée dans la préface d’entamer le moins possible l’intégralité du sanctoral. À cette fin, l’édition mauriste prend soin de distinguer et de justifier les diverses catégories dont il se compose en indiquant à quel titre chaque fête de saint y trouve sa place. Par rapport au calendrier du bréviaire de 1553, héritier lui-même de la pratique médiévale, le nouveau Propre introduit très peu de fêtes nouvelles et Dom Jacques Hourlier, qui était un de mes prédécesseurs à Solesmes, dans une étude analogue sur le Missel propre de Saint-Germain-des-Prés, et un examen semblable du Propre de Marmoutiers ont conclu à cette même persistance des traditions locales et à leur respect de la part des bénédictins réformés de la Congrégation de Saint-Maur.

Conclusion

On peut dire de cette étude, qui est une première approche, que tradition et modernité pourraient être les termes retenus pour qualifier l’édition mauriste du Propre de La Chaise-Dieu. Le conservatisme des mauristes ne va pas à l’encontre d’un réel souci d’exigence critique comme le montre les particularités de l’édition. La Préface notamment s’en fait l’écho, et l’appareil critique qui accompagne le calendrier. On a vraiment une volonté de rationnaliser, une volonté scientifique, dans l’établissement du calendrier, ce qui fait toute l’originalité de l’édition de ce Propre. Si le calendrier des fêtes inscrites au Propre de La Chaise-Dieu revêt un caractère foncièrement traditionnel, fidèle ici à la tradition héritée des siècles passés, ce qui n’a rien de surprenant quand on connaît ce que font habituellement les mauristes dans leurs monastères, les offices en revanche firent l’objet d’une complète révision dont les grandes lignes sont préférence pour les textes bibliques et textes critiques historiques, ont été présentés comme nous l’avons vu dans la Préface. Un examen minutieux de l’un ou l’autre des offices composés entièrement de pièces propres, celui par exemple de la fête de saint Robert, permettrait, par une approche comparative de ce même office dans le bréviaire de 1553, de connaître avec précision les changements introduits et par là la nature exacte du travail de révision liturgique accompli par les mauristes. Si quelqu’un veut se lancer dans ce travail, ce serait excellent.

Au terme de ce qui n’a été qu’une première présentation, nous croyons que l’édition mauriste du Propre de La Chaise-Dieu a valeur d’exemple en matière de révision liturgique à l’époque moderne.

Notes

[1] qui est en fait l’imprimeur de l’évêque de Clermont

[2] qui n’est pas nommé malheureusement

[3] Acta Sanctorum ordinis Sancti Benedicti (Vies des Saints de l’Ordre de saint Benoît), 9 volumes, chacun correspondant à un siècle à compter de la fondation de l’ordre au VIe siècle, Paris

[4] Annales Ordinis Sancti Benedicti occidentalium monachorum patriarchæ (Annales de l’Ordre de Saint Benoît, patriarche des moines des moines d’Occident, ou Annales O.S.B.), 6 vol., Paris, 1703-1739

[5] Voir la conférence de M. Sanial.

[6] En 1553 la fête de la Dédicace est le 15 juillet. On ne voit pas comment les mauristes auraient changés la date d’une fête aussi importante que la Dédicace d’une église. La Dédicace est la consécration d’une église.