Les tapisseries de la Passion du Christ

La résurrection de Lazare

Troisième tapisserie

Cet épisode est relaté dans l’Évangile de saint Jean au chapitre 11 et se termine par ces versets qui annoncent la Passion du Christ :
Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : " Vous n’y entendez rien. Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière." Or cela, il ne le dit pas de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. (Jn 11, 50-53)

Premier quatrain de la tapisserie de la résurrection de Lazare et le roi David Filium vidue Sareptane apud quam utcumque sustentabatur
Propheta Dei Helias vita functum ad vitam revocavit.
Fratrem sic Marthe et Magdalene apud quas sepius hospitabatur
Christus iam fetentem quatriduanumque pie resuscitavit.

Élie, le prophète de Dieu, fit revenir de la mort à la vie le fils de la veuve de Sarepta chez qui il s’était invité (1 Rois 17, 18). De même, Jésus ressuscita par bonté le frère de ses amies Marthe et Madeleine, alors qu’étant mort depuis quatre jours, il sentait mauvais.

Ainsi, dans le psaume, le roi David dit : Eloquium tuum vivificavit me : Ta parole m’a donné la vie. (Ps 119 (118), 50)

Second quatrain de la tapisserie de la résurrection de Lazare et le prophète Samuel Heliseus natum Sunamitis mortuum vite restituens
Obnixas digne preces protulit supplex ad Dominum.
Ita et amicum Christus Lazarum ad vives potenter evocans
Ad Patrem pias voces lachrimans fudit altissimum.

Élisée voulant rendre vie à l’enfant de la Sunamite adressa d’instantes prières au Seigneur (2 Rois 4, 29-37). De même, le Christ appelant à la vie d’une voix forte son ami Lazare, fit monter parmi les larmes de tendres appels vers son Père tout-puissant.

Le prophète Samuel (1 Samuel 2, 6) avait affirmé : Dominus mortificat et vivificat : Le Seigneur fait mourir et il fait vivre (La référence dans la Vulgate est celle du 1er livre des Rois, ce qu’indique la tapisserie).

Les deux quatrains donnent comme référence III Reg. soit le troisième livre des Rois qui correspond au premier livre des Rois dans les Bibles actuelles, les deux premiers étant les deux livres de Samuel. C’est pourquoi la référence au livre de Samuel indiquée sur la tapisserie est celle du premier livre des Rois (I Reg.).

En bas, le livre de la Sagesse attribué à Salomon affirme : Tu es Domine vitae et mortis habes potestatem : C’est toi Seigneur, qui as pouvoir sur la vie et sur la mort. (Sagesse 16, 13)
Le texte latin de la tapisserie est légèrement différent de celui de la Vulgate (Tu enim vitae et mortis habes potestatem) et il est abrégé.

Et le Deutéronome dont Moïse est le porte-parole confirme : Ego occidam et ego vivere faciam percutiam et ego sanabo : C’est moi qui ferai mourir et qui ferai vivre ; je blesserai et moi je guérirai. (Dt 32, 39)
Là aussi le texte latin est abrégé et ne compte que deux "Ego" quand le verset de la Vulgate en a trois.

Phylactères en bas de la tapisserie de la résurrection de Lazare avec le roi Salomon et Moïse

L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem

Troisième tapisserie

La liturgie catholique célèbre cet épisode raconté par les quatre Évangiles (Matthieu 21 ; Marc 11 ; Luc 19, 28-38 et Jean 12, 12-15) le dimanche des Rameaux, soit le dimanche précédant le dimanche de Pâques.

Premier quatrain de l'entrée à Jérusalem et le roi David Victori strenuo David Golie que caput afférenti
In tympanis leticie et choris occurrunt mulieres.
Sic et demone prostrato Hierusalem Christo subeunti
Obviam filii Israël veniunt et canunt gaudentes.

À la rencontre de David qui, victorieux de Goliath, en apporte la tête, les femmes accourent joyeusement au son des instruments (1 Samuel 18, 6). Ainsi, au-devant du Christ qui, victorieux du démon, entre à Jérusalem, les enfants d’Israël viennent et chantent leur joie.

Le roi David dans le psaume s’exclamant : Filie Sion exultent in rege suo : Que les filles de Sion exultent de joie pour leur roi. (Psaume 149, 2)

Second quatrain de l'entrée à Jérusalem et le prophète Jérémie Filii prophetarum Heliseo obviant occurre(n)tes
Maxima cum veneratione illum exceperunt.
Ita et Hebreorum nati Christum regem pervenientes
Civitatem ingredientem laudibus extulerunt.

Les fils des prophètes, accourant vers Élisée, l’accueillirent avec la plus grande vénération (2 Rois 2, 15). De même, les enfants des Hébreux, arrivant auprès du Christ-Roi, le portèrent aux nues par leurs louanges à son entrée dans la ville.

Le prophète Jérémie (13, 16) exhorte : Date Domino Deo vestro gloriam : Rendez gloire au Seigneur, votre Dieu.

En bas à droite, Zacharie (9, 9) invite Jérusalem à se réjouir à l’arrivée de son roi : Iubila filia Hierusalem ecce rex tuus veniet tibi mansuetus Sedens super asinam et pullum asine. Le texte de la tapisserie est abrégé par rapport au texte de la Vulgate : Iubila filia Hierusalem ecce rex tuus veniet tibi iustus et salvator ipse pauper et ascendens super asinum et super pullum filium asinae : Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem, voici que ton roi va venir à toi, humble, monté sur un âne, le petit d’une ânesse.

Et à droite, le roi David dans le psaume invite à louer le Seigneur : Adferte Domino gloriam et honorem adferte Domino gloriam nomini eius : Offrez au Seigneur gloire et honneur ; Offrez au Seigneur la gloire de à son nom. (Psaume 29 (28), 1-2)

Jésus vendu par Judas

Quatrième tapisserie

Les Évangiles sont extrêmement bref en ce qui concerne cet épisode : un ou deux versets chez chacun (Mt 26, 14-15 ; Mc 14, 10-11 ; Lc 22, 2-6.

Premier quatrain de la tapisserie de la trahison de Judas et le prophète Zacharie loseph iustum invidia succensi fratres iniqua
Viginti argenteis venumdarunt Ismaelitis.
Christum Dominum avaricia fervens ludas impia
Sic modico rabidis prodit venditque ludeis.

Joseph le Juste fut vendu vingt pièces d’argent à des Ismaélites par ses frères jaloux (Genèse 37, 28). De même, le Christ Seigneur fut livré pour peu d’argent aux Juifs furieux par l’avare Judas.

Le prophète Zacharie (11, 12) avait annoncé : Appenderunt mercedem meam triginta argenteos : Ils ont compté mon salaire : 30 pièces d’argent.

Second quatrain de la tapisserie de la trahison de Judas et le prophète AbdiasPhilistinorum satrape dona Dalide constituunt
Ut virum eius Samsonem per eam vinctum teneant.
Ita et ludeorum principes lude nummos tribuunt
Ut per eum Dominum ipsius Christum apprehendant.

Les satrapes philistins font des cadeaux à Dalila pour s’emparer de Samson (Juges 16, 5). De même, les chefs des Juifs remettent à Judas de la monnaie pour appréhender son maître, le Christ.

Le prophète Abdias (7) prophétisait : Qui comedunt tecum ponent insidias subter te : Ceux qui mangeaient ton pain tendent des pièges sous tes pas.

En bas à droite, le roi David (Ps 41 (40), 10) confirme : Qui edebat panes meos magnificavit super me subplantationem : Celui qui partageait mon pain m’a fait un croche-pied.

Et à gauche, le prophète Aggée (1, 6) : Et qui mercedes congregavit misit eas in sacculum pertusum : Celui qui a rassemblé le salaire l’a placé dans une bourse percée.

Le roi David et le prophète Aggée

La Cène

Quatrième tapisserie

Cette scène représente deux actions qui se sont déroulées simultanément au cours du repas pascal que le Christ prend avec ses disciples : l’annonce de la trahison de Judas et l’institution l’Eucharistie racontées par Matthieu (26, 20-29), Marc (14, 17-25), Luc (22, 14-23) et Jean (13, 21-30) et également narrée par saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (11, 23-25).

Premier quatrain de la tapisserie de la Cène et le roi DavidMelchisedech rex Salem et Dei sacerdos altissimi,
Fideli quondam Abrahe panem protulit et vinum.
Sic et Christus Domini sub speciebus panis et vini
Sese suis discipulis ultro dédit manducandum.

Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, apporta autrefois au fidèle Abraham, du pain et du vin (Genèse 14, 18). Ainsi, le Christ et Seigneur se donna désormais en nourriture à ses disciples sous les signes du pain et du vin.

Le roi David annonçait dans le psaume 78 (77), 25 (à gauche) :
- Panem angelorum manducavit homo : L’homme a mangé le pain des anges

- et dans le psaume 105 (104), 40 (à droite) : Panem caeli saturavit eos  : Il les a rassasiés du pain du ciel.

Second quatrain de la tapisserie de la Cène et le roi DavidManna viri colligentes Israelitici
Non plus invenit qui plus quam ageret collegit.
Ita sub panis specie sumens corpus Christi
Non plus de corpore qui plus de specie sumit.

Quand les Israélites ramassèrent la manne, celui qui en ramassait ne s’en procurait pas plus que ce dont il avait besoin (Exode 16, 13-35). Ainsi, en recevant le Corps du Christ sous l’apparence du pain, celui qui en reçoit plus, ne reçoit pas plus de Corps.

En bas, le roi Salomon annonçait
- dans le livre des Proverbes (9, 5) (à gauche) : Comedite panem meum et bibite vinum quod miscui vobis : Mangez mon pain et buvez le vin que je vous ai préparé.

- et à droite, dans le livre de la Sagesse (16, 20) : Panem de caelo praestitisti illis omne delectamentum in se habentem : Tu as procuré à tous un pain du ciel, un pain qui a toutes les délices. Le verset de la Vulgate est abrégé et omet le "sine labore" [1].

Le roi Salomon citant le livre des Proverbes et le livre de la Sagesse

Le baiser de Judas

Quatrième tapisserie

Seuls les trois Évangiles synoptiques donnent le signe par lequel le traitre désigne le Christ aux soldats lors de son arrestation : "Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui ; arrêtez-le et emmenez-le sous bonne garde" (Marc 14, 43-46 ; Matthieu 26, 47-56 et Luc 22, 47-54).

Premier quatrain de la tapisserie du baiser de Judas et Ben Sirac le Sage, auteur du livre de l'Ecclésiatique loab Abner militera dolo convenions
Illi impie nimis vitam ademit,
ludas Christo pariter osculum tribuens
Illum ludeis occidendum tradidit

De même que Joab entourant traîtreusement le soldat Abner lui ôta la vie dans un crime atroce. (2 Samuel 3, 27). de même Judas donnant un baiser au Christ, le livra aux Juifs pour être mis à mort. [2]

C’est ce que le Siracide, auteur du livre de l’Ecclésiastique (Si 19, 26) disait : Interiora eius plena sunt dolo (Si 19, 23) : Son cœur est plein de fourberie

Quant au roi David, il prophétise dans le livre des Psaumes (55 (54), 24) que viri sanguinum et doli non dimidiabunt dies suos (Ps 54, 24) : Les hommes de sang et de fraude n’atteignent pas la moitié de leurs jours.

Second quatrain de la tapisserie du baiser de Judas et un psalmiste Divinitatem mali spiritus rapere nitentes
De celis in profundum inferni sunt proiecti.
ludei in Christi humanitatem manus mittentes
Retrorsum pariter omnes in terrain sunt prostrati.

Les esprits mauvais qui s’efforçaient de ravir la divinité furent projetés du haut du ciel dans la profondeur de l’enfer (Is 14, 12 ; Ap 12, 7). Les Juifs qui mettaient la main sur l’humanité du Christ, furent de même renversés et jetés à terre.

C’est un psalmiste qui annonce dans le psaume (18 (17), 39) : cadent subtus pedes meos : Ils tomberont sous mes pieds.

Et le prophète Baruch (6, 26) confirme que si ceciderint in terram a semet ipsis non surgent. La tapisserie inscrit resurgent et non surgent : S’ils tombent à terre, ils ne peuvent d’eux-mêmes se relever. Le roi David et le prophète Baruch

La Flagellation

Cinquième tapisserie

Au cours de sa passion, Jésus est battu par les soldats qui le gardent mais aussi flagellé sur l’ordre de Pilate, le gouverneur romain (Mt 27, 26 ; Marc 15, 15 ; Jean (19, 1)).

Premier quatrain de la tapisserie de la Flagellation et le prophète Isaïe Dux Achior Deum Israël Holoferni magnificans
Pro veritate manibus pedibusque ad arborem ligatur.
Sic Christus rex noster ludeis Patrem suum glorificans
Pro iusticia vinctus ad columnam crudeliter flagellatur.

Achior, exaltant le Dieu d’Israël devant Holopherne, est, pour sa franchise, ligoté à un arbre (Judith 6, 13). De même, le Christ notre Roi, glorifiant son Père devant les Juifs, est lié et cruellement flagellé.

Le prophète Isaïe (50, 6) disait : Corpus meum dedi percutientibus et genas meas vellentibus : J’ai livré mon corps à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.

Le roi Salomon dans le livre des Proverbes (17, 26) affirme que : Non est bonum damnum inferre iusto nec percutere principem qui recta iudicat : Il ne faut pas faire de tort au juste, ni frapper un prince qui juge avec droiture.

Second quatrain de la tapisserie de la Flagellation et le roi Salomon Servus Dei lob tantam percussionem a demone passus est
Ut gravissimis undique fossus ulceribus vix subsisteret.
Sic Christus Deus noster a ludeis adeo sauciatus est
Ut a planta pedis ad vertice(m) usque sanitas nulla foret.

Job, le serviteur de Dieu, malmené par le démon tenait à peine, couvert d’ulcères (Job 2, 7). De même, le Christ notre Dieu eut le corps déchiré par les Juifs de la tête aux pieds.

Le roi Salomon dans le Cantique des cantiques (5, 7) affirme : Percusserunt me vulneraverunt me : Ils m’ont frappé et ils m’ont blessé. La référence donnée sur la tapisserie est erronée car elle indique le livre de la Sagesse (Sapiens).

Quant au prophète Isaïe (1, 6), il gémit : A planta pedis usque ad verticem non est in eo sanitas De la plante des pieds au sommet de la tête, rien n’est sain.

Phylactères en bas de la tapisserie de la Flagellation

Le Couronnement d’épines

Cinquième tapisserie

Seuls trois des quatre Évangélistes rapportent cet épisode de la Passion du Christ représenté sur cette tapisserie où les gardes lui enfoncent une couronne d’épines sur la tête et se moquent de lui (Matthieu 27, 27-30 ; Marc 15, 17-19 ; Jean 19, 2-3)

Premier quatrain de la tapisserie du Couronnement d'épines et l'auteur des <i class="spip">Lamentations</i>Noe plantata vinea bibitoque vino procumbena
Nudatus ; a filio Cham maledicto deridetur.
Sic ludeis Christus obduratis verba vite disserens
Suis exutus regis insignibus ornatiu luditur.

Noé, après avoir planté la vigne et bu du vin, se couche tout nu ; il est moqué par son fils Cham, qu’il maudit (Genèse 9, 20). Ainsi, le Christ qui avait prononcé les paroles de vie aux Juifs endurcis, est déshabillé, revêtu des insignes de la royauté et tourné en dérision.

L’auteur des Lamentations (3, 14) affirme : Factus sum in derisu omni populo meo (Threnorum III) : Je suis devenu la risée de tout mon peuple.

Second quatrain de la tapisserie du Couronnement d'épines et le roi SalomonMittens David servos suos ad Anon consolandum
Barba semirasa vestibusque ad nates (s)cis(s)is remittuntur.
Sic pro humano solamine Pater legans Christum
Variis derisus modis a ludeis tandem occiditur.

Quand David envoya des serviteurs pour consoler Anon, celui-ci les renvoya mi-rasés, mi-nus (2 Samuel 10, 2). De même, quand le Père envoie le Christ auprès des hommes pour les réconforter, les Juifs le tournent en dérision de diverses manières et finalement le mettent à mort.

Le roi Salomon dans le livre des Proverbes (3, 34) affirmait : Inlusores ipse deludet ; sur la tapisserie, il est écrit : Delusores ipse deludet : Il se moquera des moqueurs.

L’auteur des Lamentations (3, 30) prédisait : Dabit percutienti se maxillam saturabitur obprobriis : Il donnera sa joue à qui le frappe ; il sera saturé d’opprobres.

Quand à Job (12, 4), il affirme : Deridetur enim iusti simplicitas : On se moque de la droiture du juste.

Phylactères en bas de la tapisserie du Couronnement d'épines

Jésus devant Pilate ou le lavement des mains de Pilate

Sixième tapisserie

Si les quatre Évangélistes racontent l’épisode de Jésus devant Pilate, c’est saint Matthieu (27, 24) qui mentionne le fait que le gouverneur se lave les mains au lieu de prendre une décision, se déchargeant ainsi de la responsabilité de la condamnation du Christ.

Premier quatrain de la tapisserie de Jésus devant Pilate et le roi David Regi Nabuchodonosor comminantur Babylonici
Si Danielem ad occidendum non tradat illis.
Sic adversus Pilatum ludei ut canes ululant rabidi
Ut Dominus lesum ad crucifigendum det ipsis.

Les Babyloniens s’ameutèrent contre le roi Nabuchodonosor pour que Daniel soit tué (Daniel 14, 29). Ainsi les Juifs hurlent contre Pilate pour qu’il leur donne le Seigneur Jésus afin de le crucifier.

Le roi David dans le psaume (22 (21), 17) affirme : Circumdederunt me canes multi : Une meute de chiens m’a entouré.

Second quatrain de la tapisserie de Jéus devant Pilate et, de nouveau, le roi David Susannam bi(ni) senes adulteram testantes inique
In eam mortis sententiam proferunt una.
Pilatus itaque ludeis volens satisfacere
Ihesum Christum damnât morte crucis turpissima.

Deux vieillards témoignent faussement de l’adultère de Suzanne et réclament sa mort (Daniel 13, 34-41). De la même manière, Pilate voulant satisfaire les Juifs, condamne Jésus à la mort la plus infâme, celle de la croix.

Le roi David annonçait dans le psaume (94 (93), 21) : Sanguinem innocentem condemnabunt : Ils condamneront le sang innocent.

Sur son phylactère, le prophète Jérémie affirme : Dederunt super me vocem suam. Ce verset n’existe pas tel quel dans les différents textes de la Vulgate que nous avons pu consulter. La référence de la tapisserie indique Jr XII. Le verset serait donc celui-ci : Facta est mihi hereditas mea quasi leo in silva ; dedit contra me vocem, ideo odivi eam : Mon héritage est devenu pour moi comme un lion dans la forêt ; Il a poussé contre moi des rugissements ; Aussi l’ai-je pris en haine (Jr 12, 8). Mais on trouve aussi au chapitre 2 du livre de Jérémie : Super eum rugierunt leones et dederunt vocem suam, ce que la Bible de Jérusalem traduit par : Contre lui des lions ont rugi, poussé leur hurlement (Jr 2, 15). Les deux versets sont très proches et semblent s’être mélangés. Ils veulent tous deux dire que le lion, c’est-à-dire celui qui a la force, le pouvoir, se retourne contre le prophète, d’où l’interprétation faite : Ils ont prononcé sur moi leur sentence.

Quant à l’autre phylactère, le personnage représenté, le roi Salomon, ne correspond pas à l’auteur du verset qui est tiré du livre de l’Ecclésiaste. Nous aurions dû avoir ici Qôhélet le sage puisque c’est lui qui dit dans le livre de l’Ecclésiaste (3, 16) : Vidi sub sole in loco iudicii impietatem et in loco iustitiae iniquitatem : J’ai vu sous le soleil la méchanceté à la place du jugement et l’iniquité à la place de la justice.

Phylactère en bas de la tapisserie représentant Jésus devant Pilate

Le Portement de Croix

Sixième tapisserie

Après avoir été battu, interrogé, flagellé, moqué, Jésus est chargé de sa croix pour se rendre sur le lieu du supplice. Pour l’aider, un homme qui revenait des champs est réquisitionné, Simon de Cyrène (Matthieu 27, 32 ; Marc 15, 21 ; Luc 23, 26 ; Jean, 19, 17)

Premier quatrain de la tapisserie du Portement de Croix et le prophète IsaïeIsaac lignorum ferculum in humeris portans
Montent in quo immolari putabatur sponte con(s)cendit.
Sic crucis suspendia Christus in humeris gestans
Calvarie locum accessit hicque mori dignatus est.

Isaac, portant sur ses épaules un fagot de bois, gravit volontairement la montagne sur laquelle il pensait être immolé (Genèse 22, 6). Ainsi le Christ, portant sur ses épaules les poutres de la croix, parvient au lieu du calvaire.

Le prophète (Isaïe 9, 5) prophétise : Factus est principatus super humerum eius : L’empire repose sur ses épaules.

Second quatrain de la tapisserie du Portement de Croix et, de nouveau, le prophète IsaïeMulier Sareptana duo ligna colligens
Helie Dei famulo panem decoxit.
Ita Christus crucis ligna super se ferens
Panem vite eterne nobis preparavit.
(III Regum XVII)

La femme de Sarepta, ramassant deux morceaux de bois, fit cuire du pain pour Élie, le serviteur de Dieu (1 Rois 17, 10-24). Ainsi le Christ, portant sur lui le bois de la croix, nous prépara le pain de la vie éternelle.

Le prophète (Isaïe 53, 7) annonçait : Sicut ovis ad occisionem ductus est : Il fut, comme une brebis, conduit à la tuerie.

Le prophète (Jérémie 11, 19) dit la même chose : Ego autem quasi agnus mansuetissimus qui portatur ad victimam [3] : Ego quasi agnus mansuetus qui portatur ad victimam : Et moi, j’étais comme un agneau très doux que l’on mène à l’abattoir.

Quant au roi David, il affirme dans le (psaume 129 (128), 3) : Supra dorsum meum fabricabantur peccatores prolongaverunt iniquitatem : Les pécheurs ont, sur mon dos, allongé leurs coups injustes.

Phylactères en bas de la tapisserie du Portement de Croix avec leurs auteurs : le prophète Jérémie et le roi David

Notes

[1] Panem de caelo praestitisti illis sine labore omne delectamentum in se habentem.

[2] La référence donnée par la tapisserie est celle du IIIe livre des Rois, selon la Vulgate.

[3] Le texte de la Vulgate est légèrement différent de celui de la tapisserie qui met un superlatif à mansuetus.