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L’architecture mauriste à La Chaise-Dieu : l’exemple du bâtiment dit « de l’escalier » (D. Martinez)

Damien MARTINEZ, Bureau d’investigations archéologiques HADÈS

Ce texte est celui de l’article publié par le CERCOR dans son n° 35.

<strong class="spip">Fig. 1.</strong> Localisation de La Chaise-DieuLe village de La Chaise-Dieu, situé dans l’extrémité septentrionale du département de la Haute-Loire (Auvergne), est installé sur un plateau granitique culminant à 1 082 mètres d’altitude, au cœur du massif forestier du Livradois-Forez (fig. 1). Il est isolé entre les bois Mozun au nord et ceux de Roussac au sud et est entouré d’est en ouest par la boucle de la rivière Senouire.

Le bourg est groupé autour de l’ancienne abbaye bénédictine fondée au XIe siècle. Cette petite agglomération est isolée d’une trentaine de kilomètres des principaux centres régionaux.

<strong class="spip">Fig. 2.</strong> Bâtiment de l'escalier vu depuis l'avenue de la gare. D. Martinez, 2010. © Hadès.Cette abbaye, haut lieu touristique de la région, fait aujourd’hui l’objet d’une grande campagne de réhabilitation. Aussi, dans le cadre des travaux concernant l’aile ouest des anciens bâtiments conventuels, une analyse archéologique du bâti visant à étudier le bâtiment dit « de l’escalier » s’est avérée nécessaire.

Ce bâtiment, mitoyen de la « Maison du cardinal », fait actuellement office de passage reliant l’avenue de la Gare au cloître de l’abbaye (fig. 2). D’une superficie d’environ 140 m2, il est doté d’un escalier monumental permettant de corriger l’important dénivelé existant entre l’extérieur du monastère et la plateforme sur laquelle est installé le complexe abbatial. Par ailleurs, les vestiges des états d’occupation successifs de l’espace sont encore visibles.

Si les temps forts de l’abbaye se situent durant le Moyen-Âge, les modifications architecturales et constitutionnelles de l’époque classique, qui a vu l’installation des moines réformés de la congrégation de Saint-Maur, s’inscrivent dans une période clé durant laquelle le monastère adopte le visage qui participe encore aujourd’hui à sa renommée.

Force est de constater que, si la construction de Clément VI est largement documentée [1], les modifications architecturales de l’époque classique initiées par les moines mauristes [2] ne sont connues, pour l’exemple de La Chaise-Dieu, que dans leur grandes lignes. Aussi, certaines parties de l’abbaye, à l’instar du bâtiment qui fait ici l’objet d’une présentation, ne sont quasiment jamais décrits ou souvent mal représentés sur les plans anciens et sont de ce fait délaissés par l’historiographie.

C’est cependant par la confrontation des sources disponibles, notamment planimétriques, et de l’archéologie du bâti, qu’il est possible d’envisager l’évolution fonctionnelle et architecturale du bâtiment de l’escalier.

Les sources

<strong class="spip">Fig, 3.</strong> Plan d'état des lieux de l'abbaye réalisé par les moines mauristes.Deux plans, datant de la seconde moitié du XVIIe siècle, ont été réalisés quelques temps après l’arrivée des moines mauristes. Le premier projette un état des lieux des bâtiments de l’abbaye au milieu du XVIIe siècle [3] (fig. 3).

Le second se présente en comme un projet de réaménagement de l’établissement monastique envisagé par les moines de la congrégation de Saint-Maur (fig. 4).

Ces plans du XVIIe siècle apportent hélas peu d’informations sur la configuration des volumes architecturaux de la construction. Le bâtiment semble ouvert et accessible depuis l’entrée occidentale du monastère et la petite cour. On ne sait pas en revanche s’il était couvert. Une ouverture donnant sur la galerie septentrionale du cloître existe déjà.

<strong class="spip">Fig. 4.</strong> Projet de réaménagement des installations monastiques par les mauristes.Dans le second plan figure un projet de réaménagement des bâtiments conventuels [4]. Un escalier monumental, menant à un palier voûté qui permet d’accéder au cloître est envisagé. Le projet vise également à édifier une galerie dans la partie occidentale de l’espace. Ce dernier semble toujours ouvert et accessible depuis la cour et l’entrée ouest de la clôture monastique mais au vu du plan, on peut supposer qu’il était alors couvert. En outre, le bâtiment est flanqué au nord par une construction abritant la « chambre du poids » et la « chambre du supérieur ». L’immeuble formant équerre avec l’actuel bâtiment de l’escalier est transformé en hôtellerie.

<strong class="spip">Fig. 5.</strong> Vue cavalière de l'abbaye figurant dans le <i class="spip">Monasticon Gallicanum</i>.L’espace dont il est question est également figuré sur une représentation cavalière du Monasticon Gallicanum. On peut noter un certain nombre d’incohérences avec le projet de reconstruction des mauristes. Celui du Monasticon Gallicanum montre un grand couloir situé à l’emplacement du bâtiment de l’escalier se prolongeant vers l’ouest, menant ainsi du cloître vers l’extérieur de l’enceinte monastique. Aussi, la galerie figurant sur le projet de réaménagement n’existe pas sur ce plan (fig.5). La vue de trois quarts depuis le sud-est permet uniquement d’observer deux fenêtres, correspondant peut-être à celle de l’immeuble actuel.

Ce plan confirme les différentes réaffectations des bâtiments conventuels. Par ailleurs, il semble que l’on pénétrait dans le bâtiment de l’escalier depuis un passage mentionné dans le plan comme étant la porte du monastère (Porta monasterii) située dans le prolongement de l’aula forensis.

Un certain nombre de documents concernant des édifices religieux de la Haute-Loire ont été légués par l’historien Paul Le Blanc à la bibliothèque du patrimoine de Clermont-Ferrand. Parmi ces documents figure, entre autres, un plan datant vraisemblablement du XVIIIe siècle, dont on ignore toutefois la provenance. Ce dernier s’avère très précieux car en dépit d’un certain nombre d’erreurs, le passage qui fait l’objet de cette étude y est détaillé. Le bâtiment est doté de deux parties distinctes. Depuis la partie basse située à l’ouest, accessible par l’extérieur du bâtiment grâce à quelques marches, on accède à une plateforme haute grâce à un système de double escalier. Les systèmes de communication avec les bâtiments contigus ne sont toutefois pas représentés.

Un second document du XVIIIe siècle concernant les bâtiments conventuels, composé d’un plan et d’une série de plusieurs élévations commentées [5] apporte des informations supplémentaires sur le passage de l’escalier. En effet, parmi ces projections figure l’élévation de la façade méridionale du bâtiment. Ce dernier est flanqué à l’ouest d’une construction dans laquelle est aménagé un passage menant depuis l’entrée du monastère jusqu’à la petite cour. Par ailleurs, la notice explicative du document indique que dans ce bâtiment « se tenoient autre fois les audiences ».

Malgré la richesse du fond documentaire renseignant sur l’abbatiale de La Chaise-Dieu, on déplore l’indigence de la documentation concernant les installations conventuelles de l’aile ouest de l’abbaye. En effet, aucune archive ne permet réellement de compléter les connaissances sur l’actuel bâtiment de l’escalier. Seul un document de 1783 concernant la démolition d’une partie des bâtiments monastiques et notamment du palais abbatial renseigne sur l’état général de l’abbaye [6]. Ce texte s’avère cependant précieux dans la mesure où il renseigne sur la fonction des bâtiments flanqués au sud-ouest de l’église abbatiale « qui offusquent la vue de la maison et contribuent à la rendre humide ». Le document indique par ailleurs que ces constructions abritent le logis de l’abbé. Aussi, la tradition qui veut que les moines aient construit en 1786, soit trois ans après ce témoignage, une maison pour accueillir le cardinal de Rohan, dernier abbé commendataire de La Chaise-Dieu, est infondée dans la mesure où le logement que celui-ci a occupé (l’actuelle « maison du Cardinal ») était déjà prévu pour recevoir les abbés commendataires.

L’étude archéologique des élévations

L’analyse architecturale et archéologique du bâtiment de l’escalier a permis de dégager différentes phases d’aménagement du bâtiment, depuis la fin du XVIIe siècle jusqu’à nos jours. Seuls quelques indices de construction médiévale subsistent.

L’édifice, dans sa configuration actuelle, est composé de deux parties distinctes : une partie basse accessible depuis la rue, une partie haute donnant sur le cloître, reliées par un escalier monumental (fig. 6a et 6b).

<strong class="spip">Fig. 6a.</strong> Vue de l'intérieur du bâtiment depuis l'est. D. Martinez, 2010. © Hadès <strong class="spip">Fig. 6b.</strong> Vue du passage permettant d'accéder au cloître. D. Martinez, 2010. © Hadès

Les murs sud et nord sont percés chacun par de puissantes baies à ébrasement, symétriques, et par une porte au niveau de la plateforme haute, dans la partie orientale de l’espace. Les ouvertures pratiquées dans le mur nord sont obturées. Des arrachements de voûtes et des traces d’aménagements d’un étage sont encore aujourd’hui visibles.

<strong class="spip">Fig. 7.</strong> Élévation du mur méridional du bâtiment. D. Martinez, 2010. © Hadès

<strong class="spip">Fig. 8.</strong> Élévation et phasage du mur nord du bâtiment. D. Martinez, 2010. © Hadès

Quatre états de constructions ont pu être appréhendés (fig. 7 et 8).

Le premier état correspond à la construction de l’édifice voûté (fig. 9).

<strong class="spip">Fig. 9.</strong> Restitution schématique du premier état de construction du bâtiment de l'escalier (fin XVII<sup>e</sup> siècle). D. Martinez, 2010. © Hadès

Le bâtiment vient se greffer à l’est contre le cloître et au sud contre le bâtiment formant équerre. L’emplacement choisi pour l’implantation de la façade occidentale paraît avoir été conditionné soit par la présence d’un bâtiment situé plus à l’ouest, soit par la présence de l’entrée du monastère à proximité. L’ouverture dans la façade occidentale, les baies ainsi que les portes situées en partie haute des murs nord et sud ont été prévues dans le projet de construction. L’apport de lumière, par l’intermédiaire des huit grandes fenêtres à ébrasement, doit ainsi être conséquent. En revanche, il semble qu’une ouverture donnant dans le cloître existe déjà. L’ensemble des maçonneries est recouvert par un enduit de chaux blanche. Le bâtiment est divisé en cinq travées matérialisées chacune par une voûte d’ogive reposant sur des pilastres aménagés dans les murs nord et sud. Ces supports rythment l’espace de façon irrégulière ; les travées sont de ce fait de dimensions différentes. Par ailleurs, cette subdivision du volume diffère de l’agencement au sol.

En effet, il semble que deux grands espaces, culminant à des altitudes différentes aient fonctionné ensemble. C’est par l’observation des supports qu’il est possible de restituer ces deux parties. On remarque en ce sens une différence dans leur traitement. En effet, les trois pilastres occidentaux, pour les maçonneries nord et sud, s’achèvent dans leur extrémité inférieure par un culot alors que les deux pilastres orientaux de chacun des murs en sont dépourvus. Ce dispositif, qui ne répond à aucun impératif technique dans le cas échéant s’inscrit en revanche dans un registre esthétique. Il témoigne de la présence, dans la partie occidentale du bâtiment d’une salle basse dont les voûtes ont pu atteindre jusqu’à huit mètres de hauteur. On accède directement à cette salle depuis la porte aménagée dans la façade occidentale. En revanche, la partie orientale du bâtiment est composée d’une plateforme haute permettant d’accéder au cloître et aux bâtiments mitoyens. Les deux espaces communiquent par un escalier dont il ne reste aucune trace. Aussi, la configuration générale actuelle reprend, à quelques différences près, celle du bâtiment d’origine. Au nord de l’édifice, l’immeuble (de nos jours la « Maison du cardinal ») ne se présente pas sous sa configuration actuelle. Dans la partie orientale se trouve une construction à étage ; la porte aménagée dans le mur nord, au niveau de la salle haute du bâtiment de l’escalier en est le témoin. En revanche, aucun édifice étage ne semble flanqué contre le mur nord au niveau des quatre baies qui sont alors ouvertes. Si une construction a existé au nord du bâtiment durant cette première phase, celle-ci devait être uniquement composée d’un rez-de-chaussée et ne communiquait pas avec le passage de l’escalier. Le bâtiment formant équerre au sud devait quant à lui se présenter dans sa configuration actuelle. En l’absence d’éléments de datation absolue, on peut uniquement se contenter d’évaluer la chronologie du bâtiment à partir des données architecturales. En ce sens, le dispositif de voûtement et la nature des supports renvoient aux exemples connus pour l’époque Moderne. Aussi, il est possible que la construction du bâtiment de l’escalier s’inscrive dans le grand projet de réaménagement entrepris pas les moines mauristes à la fin du XVIIe siècle. Les données de l’étude documentaire abondent d’ailleurs dans ce sens.

<strong class="spip">Fig. 10.</strong> Restitution schématique du deuxième état de construction du bâtiment (courant XVIII<sup>e</sup> siècle). D. Martinez, 2010. © Hadès.Le deuxième état correspond à un réaménagement du bâtiment (fig. 10). La communication entre les parties basse et haute est toujours assurée par un escalier. Cependant, les fenêtres aménagées dans le mur nord sont bouchées. Une grande terrasse, qui existe toujours à l’heure actuelle, est construite contre le mur nord jusqu’au niveau de la baie située le plus à l’est de la maçonnerie. Aussi, si les trois premières fenêtres ont été obturées, il est possible en revanche que celle-ci ait été conservée pour assurer une communication avec un bâtiment nouvellement construit au nord, ou tout simplement rehaussé d’un étage. Les fenêtres ont été bouchées dans le but d’isoler les deux constructions mais une communication a néanmoins été maintenue par la transformation d’une des ouvertures en porte. Cet état peut être vraisemblablement rattaché au XVIIIe siècle. S’il est difficile de le dater avec précision, il est certain en revanche que ces transformations sont antérieures à la Révolution.

<strong class="spip">Fig. 11.</strong> Restitution schématique du troisième état de construction du bâtiment (fin XVIII<sup>e</sup>siècle). D. Martinez, 2010. © Hadès.Dans un troisième temps, un étage intermédiaire aujourd’hui disparu, dont les vestiges sont cristallisés dans et sur le parement des maçonneries actuelles, est aménagé (fig. 11). Cet étage, dévolu aux salles de la mairie, est constitué de deux pièces dont une richement ornée d’un décor de faux appareil et d’une cheminée surmontée d’un trumeau portant les apparats républicains. Des boiseries sont par ailleurs appliquées en partie basse dans chacune des salles. Le mur nord du bâtiment de l’escalier est flanqué d’un long couloir prolongeant vers l’ouest la terrasse aménagée antérieurement. Ce couloir ouvre sur les deux pièces de l’étage et peut-être également sur l’étage du bâtiment flanqué à l’ouest, grâce à une ouverture percée lors de cet état dans la façade occidentale du passage de l’escalier.

<strong class="spip">Fig.12.</strong> État actuel. D. Martinez, 2010. © Hadès.Enfin, dans son dernier état, à la fin du XIXe siècle, cet étage est détruit et l’espace adopte la configuration encore visible actuellement.

Synthèse de l’étude

L’actuel bâtiment de l’escalier, dès la reconstruction du monastère de La Chaise-Dieu à la fin du Moyen Âge, semble être un passage stratégique.

L’analyse architecturale couplée aux données de l’étude documentaire permet d’approcher la configuration initiale de la construction. L’organisation de l’espace à l’époque médiévale n’a pas pu être concrètement approchée. Seul l’état relativement détérioré des installations monastiques a pu être souligné par l’observation des maçonneries contre lesquelles l’édifice vient se greffer. La phase de construction du bâtiment est de ce fait rattachable à la fin du XVIIe siècle. Elle s’inscrit très probablement dans le projet de réaménagement des installations conventuelles, entrepris par les moines de la congrégation de Saint-Maur dès leur arrivée à La Chaise-Dieu. En témoigne à cet égard la similarité dans le module des supports et dans le profil des voûtements présents dans les actuelles salles de l’office du tourisme et de la mairie dont la reconstruction est attribuée aux moines mauristes.

Le bâtiment du XVIIe siècle, par sa position à proximité immédiate de l’entrée occidentale de l’abbaye, a vraisemblablement pour vocation d’accueillir les pèlerins et les étrangers. En effet, le système de double escalier, figurant sur l’un des plans du XVIIIe siècle, permet aux visiteurs d’accéder à l’hôtellerie dont les salles sont aménagées dans l’actuel bâtiment formant équerre au sud. Le passage permet également d’accéder à une construction localisée au nord mais dont on ignore la fonction. Peut-être le logis de l’abbé commendataire est il déjà situé dans cet immeuble. La plupart du temps isolés du reste des bâtiments conventuels, il est fréquent de retrouver les logis prioraux ou abbatiaux au niveau d’une des entrées principales du monastère. La Charité-sur-Loire est à cet égard un bon exemple de comparaison [7]. Ainsi, suivant cette hypothèse, le bâtiment de l’escalier a pu servir de lieu d’accueil aux pèlerins, les plus modestes allant séjourner dans les salles de l’hôtellerie, les hôtes de marque s’arrêtant dans les appartements du logis abbatial.

En outre, le bâtiment de l’escalier assure également l’accès au cloître depuis l’entrée occidentale du monastère et depuis la petite cour. Cette ouverture doit manifestement être réglementée et vraisemblablement destinée uniquement à l’usage des moines. Cette communication n’est pas étonnante à l’époque classique durant laquelle le cloître tend à devenir une galerie fonctionnelle destinée à desservir les différents corps de logis et les diverses cours du monastère. Aussi, de nombreuses abbayes mauristes ont été réaménagées dans cette optique. L’exemple qui se rapproche peut-être le mieux de celui de La Chaise-Dieu est celui du monastère Saint-Etienne de Caen [8]. En effet, l’organisation des bâtiments conventuels y est similaire ; l’aile ouest est notamment vouée aux salles de l’hôtellerie. Dans ce cas précis, une ouverture est aménagée dans l’angle nord-ouest du cloître afin d’assurer la communication avec la porterie occidentale du monastère ainsi que l’accès à la petite cour.

De même, l’exemple de Saint-Aubin d’Angers se rapproche, d’un point de vue architectural, de celui de La Chaise-Dieu. En effet au nord de l’aile orientale des bâtiments s’organisant autour du cloître, une construction abritant un escalier double est attestée. Ce passage assure la communication entre le cloître et une cour précédant le grand jardin de l’abbaye.

Les réaménagements effectués à La Chaise-Dieu à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle s’inscrivent parfaitement dans la standardisation architecturale des constructions mauristes. À La Chaise-Dieu, à l’instar de nombreux monastères investis par les moines de la congrégation de Saint-Maur, les bâtiments d’époque classique sont composés de larges travées rythmées par de hautes baies puissamment ébrasées. De même, les rez-de-chaussée sont systématiquement voûtés. La voûte d’arêtes est d’ailleurs le plus couramment employée.

La Chaise-Dieu se démarque cependant par la sobriété de son décor. À titre d’exemple, si dans certaines abbayes les culs de lampe sont sculptés de motifs divers (tête d’angelots à Bonneval ou Saint-Aubin d’Angers, motifs floraux ou décors feuillages), ceux observés dans le bâtiment de l’escalier de La Chaise-Dieu sont dépourvus de tout décor, mis à part l’enduit peint jaune. Aussi, en dépit d’un raffinement dans le décor ornemental, l’empreinte mauriste se caractérise par la monumentalité des espaces. Le bâtiment de l’escalier, par ses dimensions importantes, en est l’un des plus beaux témoins. Se reporter à certains exemples d’architecture classique tels celui de Saint-Vincent du Mans permet d’avoir un aperçu de la monumentalité de l’escalier aménagé au XVIIIe siècle.

Au siècle suivant, les modifications du passage de l’escalier sont, semble-t-il, tributaires de la reconstruction ou de l’agrandissement du bâtiment flanqué au nord. En effet, les baies de la façade septentrionale sont bouchées. La fenêtre située le plus à l’est a pu cependant être conservée pour maintenir une communication directe, grâce à l’aménagement d’une grande terrasse encore actuellement visible, entre les deux bâtiments mitoyens et par extension permettre un accès direct jusqu’au cloître. Cette communication prend tout son sens si l’on considère que ce bâtiment a probablement abrité le logis de l’abbé commendataire au XVIIIe siècle (voire peut-être même avant). En ce sens, l’étude des archives a permis de remettre en question la tradition qui veut que l’actuelle Maison du cardinal ait été construite pour le dernier cardinal de Rohan à la veille de la Révolution. En effet, avant même l’arrivée de ce dernier, le bâtiment abritait déjà les appartements de l’abbé.

Détail de la décoration XIX<sup>e</sup>Au lendemain de la Révolution Française, les installations conventuelles passent dans le giron de la municipalité nouvellement créée. L’agencement interne du bâtiment de l’escalier s’en trouve de ce fait modifié. S’il conserve une fonction de passage menant au cloître transformé en place publique, un étage intermédiaire est aménagé. Cet étage abrite désormais les locaux de la mairie. Il est constitué de deux salles accessibles depuis un couloir installé le long du mur nord. La première, plus petite, constitue la salle du conseil. La seconde, dont les murs sont décorés de faux appareil, ornée d’un trumeau surplombant une cheminée, constitue la salle de réunion de la mairie. Par ailleurs, le coq et les drapeaux tricolores, représentés sur la peinture centrée sur le trumeau, sont des symboles républicains fréquemment rencontrés au XIXe siècle. Une cheminée surmontée d’un trumeau en plâtre est encore en place à l’étage de l’actuel bâtiment de l’office du tourisme, anciennement l’hôtellerie.

À la fin du XIXe siècle, cet étage, jugé vétusté, est détruit et la municipalité transfère ses quartiers dans la partie orientale de l’abbaye.

Malgré les divers aménagements entrepris depuis plus de trois siècles, la fonction première du bâtiment est restée la même depuis son édification. Bien qu’au départ destiné à l’accueil des étrangers et des pèlerins désirant solliciter l’hospitalité du monastère, cet espace ne faisait en réalité qu’office de passage. Une fonction conservée à travers les siècles puisqu’à présent, il est quotidiennement emprunté pour accéder au cloître de l’abbaye.

Conclusion

Cette étude, menée en amont du projet de réhabilitation des bâtiments de l’aile ouest de l’abbaye de La Chaise-Dieu, s’est proposée de mettre en évidence l’évolution d’une petite partie du complexe abbatial. Retracer l’histoire architecturale du bâtiment de l’escalier depuis le XVIIe siècle a permis d’entrevoir le développement des installations situées à proximité immédiate de l’entrée occidentale de l’abbaye. En ce qui concerne le Moyen-Âge, l’analyse archéologique a pu ici uniquement souligner l’état de vétusté dans lequel figuraient les installations monastiques au moment de la construction du bâtiment de l’escalier.

Dans un tel contexte de richesse architecturale, il serait intéressant de multiplier ce type d’étude sur les anciens bâtiments abbatiaux. De plus, si la construction médiévale est très bien connue, celle entreprise par les moines mauristes reste à découvrir.


Notes

[1] Costantini (F.-A.), L’abbatiale Saint-Robert de La Chaise-Dieu : un chantier de la papauté d’Avignon (1344-1352), Paris, 2003.

[2] Les moines mauristes s’installent à La Chaise-Dieu le 9 septembre 1640.

[3] Costantini (F.-A.), L’abbatiale Saint-Robert […], op.cit.

[4] Ibid.

[5] Archives Départementales de la Haute-Loire (désormais ADHL), Série 1H (6), n° 14

[6] Ibid.

[7] Racinet (Ph.), Crises et renouveaux : les monastères clunisiens à la fin du Moyen-Âge, Artois Presses Université, Arras, 1997.

[8] Bugner (M.), Cadre architectural et vie monastique des bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, L.A.M.E., 1984.