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  • 500 ans des tapisseries - Dimanche 22 avril 12:30 Casadei-Centre Saint-Robert
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  • Journées de l’orgue 2018 - Vendredi 10 août 18:30 Abbatiale Saint-Robert
    Dans le cadre des 500 ans des tapisseries de La Chaise-Dieu, l’Association Marin Carouge propose 3 concerts d’orgue sur le thème "La musique d’orgue des Flandres, inspiration et rayonnement"(replier)

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  • Journées de l’orgue 2018 - Samedi 11 août 18:30 Abbatiale Saint-Robert
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L’architecture mauriste à La Chaise-Dieu. Présentation (F. Costantini)

Frédérique-Anne Costantini est Maître de conférence à l’université Montesquieu-Bordeaux IV et chercheur au CERCOR . Elle est l’auteur, entre autres ouvrages, de L’abbatiale de la Chaise Dieu, un chantier de la Papauté d’Avignon (1344-1352) paru en 2003.

Le texte qui suit est un texte partiel de l’intervention de Madame Costantini sur La Chaise-Dieu et les mauristes. L’intégralité du texte sera publiée ultérieurement dans le Bulletin du CERCOR avec les sources justifiées. Cette approche pour le site de La Chaise-Dieu donne cependant l’orientation de ce travail.

Lithographie du XIX<sup>e</sup>s. Après plusieurs tentatives infructueuses pour rétablir un monachisme parfois déconsidéré par le régime de la commende qui s’était généralisé en France à partir de 1430, un certain nombre de monastères bénédictins se regroupe dès les années 1610-1620 dans ce qui devient la congrégation de Saint-Maur créée en 1618 au Couvent des Blancs-Manteaux sous l’impulsion du cardinal de Richelieu, chef de l’ordre de Cluny, abbé général des ordres de Cîteaux et Prémontré. Abbé commendataire de l’abbaye de La Chaise-Dieu depuis 1629 celui-ci l’agrège à la Congrégation de Saint-Maur le 30 avril 1640 et dès le 9 septembre 1640 les mauristes arrivent à La Chaise-Dieu sous la conduite du visiteur de la province de Toulouse, Dom Antoine de Lespinasse. A cet instant, deux communautés religieuses vont devoir exister et cohabiter au sein de l’enceinte conventuelle : les anciens religieux « Messieurs les anciens », c’est-à-dire les religieux du monastère d’avant la Réforme, et les réformés. L’ensemble compte une cinquantaine de moines.

La réformation des monastères impliquait le retour à la Règle primitive ; l’introduction des mauristes à La Chaise-Dieu mettait ainsi fin aux offices claustraux et reléguait les réguliers dans des bâtiments situés au sud-est de l’abbaye dans un îlot irrégulier. L’abbé commendataire de La Chaise-Dieu avait mis à la disposition des mauristes à leur arrivée son propre logis qui n’était pas encore l’actuelle maison du cardinal de Rohan édifiée à l’entrée du monastère et dont nous parlera Damien Martinez, mais la maison abbatiale qui se dressait au Sud-Ouest de l’enceinte conventuelle. L’acceptation de la tutelle fut particulièrement difficile à la mort du Cardinal en 1642, les « anciens » chassèrent d’ailleurs les réformés en 1643 mais cet épisode ne connut pas de suite et l’abbaye devint l’un des monastères mauristes les plus importants du royaume.

Indépendamment de leur œuvre réformatrice et religieuse, les mauristes ont entrepris d’importants travaux de restauration, d’assainissement, de redistribution ou de complète reconstruction des bâtiments médiévaux de La Chaise-Dieu qui avaient souffert de la négligence des abbés commendataires et de destructions répétées depuis le XIVe siècle. Le premier plan dressé intitulé « de l’abbaye en l’estat qu’il est à présent » réalisé avant 1643 témoigne de l’absence de régularité physique du monastère à leur arrivée ainsi que nous l’avons précisé. <strong class="spip">Fig, 3.</strong> Plan d'état des lieux de l'abbaye réalisé par les moines mauristes.

La date de 1643 que nous proposons comme terminus post quem à ce relevé est celle du décès de Dom Gardon, historien de La Chaise-Dieu, dont le logis et les écuries figurent encore sur ce plan. Le souci des mauristes de relever l’état des monastères est ainsi matérialisé par la série des plans du fonds de Saint-Germain des Près devenue maison-mère de la Congrégation en 1631, qui furent versés pour un grand nombre d’entre eux dans la série N des Cartes et Plans des Archives Nationales après la disparition de la Congrégation de Saint-Maur. Ils constituent, avec les vues du Monasticum Gallicanum et les dessins de la collection F.R de Gaignières de la BNF et de la Bodleian library d’Oxford., une source majeure de documentation, qui, croisée aux sources textuelles modernes et à l’analyse architecturale, nous renseigne sur les états successifs du monastère et sur l’organisation de la maîtrise d’ouvrage de la Congrégation en particulier l’obligation stricte qui était faite d’informer les Supérieurs sur les travaux à autoriser. Car les chantiers entrepris par les mauristes à La Chaise-Dieu s’inscrivent dans une véritable politique architecturale dont l’origine remonte bien entendu au concile de Trente. Le choix de l’architecture classique, d’un style infiniment sobre et dépouillé s’accorde aux desseins premiers du concile : répondre aux critiques justifiées des tenants de l’Église réformée qui étaient grands adversaires du luxe et de l’abus des jouissances esthétiques avant l’introduction de l’ornementation baroque ajoutée généralement beaucoup plus tard au cours du XVIIe siècle. Celle-ci s’est d’ailleurs épanouie au XVIIIe siècle en réaction à une autre démarche qui était la propagation de la foi grâce, d’une part, à la puissance de persuasion de l’œuvre d’art et de l’émotion esthétique -provoquée par la peinture mais aussi par la musique- et à la nécessité de recourir à ses effets, en raison de « la faiblesse de la nature humaine », pour aider à provoquer l’émotion mystique. Cependant, la régularité de l’architecture classique et sa monumentalité peuvent également être perçues comme une codification morale qui inscrit en silence l’image du pouvoir royal dans l’espace religieux.

Plan de 1663Outre le « plan en l’estat » précité, nous avons conservé deux projets de reconstruction de l’abbaye qui furent livrés : le premier est un plan idéal dressé en 1663 par le R.P Joseph de la Béraudière, l’un des principaux architectes de la Congrégation . C’est en effet une conception architecturale épurée et régulière du second étage des bâtiments monastiques qui ne sera pas retenue. C’est un plan extrêmement novateur car il recompose la disposition traditionnelle médiévale des bâtiments conventuels autour d’un noyau central, le cloître, pour composer deux autres ensembles autour de cours ou cloîtres, très aérés et orientés au sud, l’une destinée à l’abbé, l’autre aux moines et aux malades. Ce grand cloître carré est prévu au Sud-Est en place de « petites méchantes bâtisses » composites dans lesquelles logeaient les anciens qui s’ordonnaient autour de la cour « dite « des anciens », sur laquelle s’ouvraient l’Infirmerie et sa chapelle rejetée, comme c’était l’usage au Moyen Âge dans un endroit peu fréquenté de l’abbaye.

Les trois galeries de ce cloître sont divisées en une cinquantaine de cellules situées au second étage de dimensions identiques. Le quatrième côté est constitué par la chapelle du collège grégorien fondée par Grégoire XI et dédiée à la Vierge Marie dont le plan au sol et l’élévation primitive sont conservés mais absorbés dans une structure classique. L’ensemble est d’une régularité parfaite et même le logis abbatial est aligné. Cependant ce projet fut écarté pour un autre moins ambitieux mais qui ne fut pas complètement réalisé si l’on compare un état des bâtiments encore en élévation à la fin du XVIIIe s siècle et ceux conservés in situ.

<strong class="spip">Fig. 4.</strong> Projet de réaménagement des installations monastiques par les mauristes.Ce projet non daté, mais probablement antérieur à 1695 - date du second grand incendie qui ravage la maison de La Chaise-Dieu qui fut à l’origine de la reconstruction d’une grande partie des toitures de l’abbatiale et du nouveau dortoir- était sans doute moins onéreux que le précédent. Il offre en effet un plan simplifié de quatre bâtiments de forme rectangulaire alignés et réguliers qui se développent sur la façade Sud de l’abbatiale gothique : une vue du Monasticon Gallicanum offre une restitution de cet ensemble. <strong class="spip">Fig. 5.</strong> Vue cavalière de l'abbaye figurant dans le <i class="spip">Monasticon Gallicanum</i>.

Le premier qui ne sera pas édifié, se développe en place des anciens communs, greniers et écuries à l’est sur le pourtour Ouest de l’enceinte.

Porche à bossageLe second incluant la chapelle Notre-Dame, dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, sépare l’abbaye en deux parties reliées par un haut porche à bossage.

Le troisième dans le prolongement du cloître renfermait le dortoir brulé en 1574 et « rebasti par nos pères sur les fondements de l’ancien », dont les caves ont été conservées et les fondations médiévales reprises. Il englobe également la salle capitulaire et inclut l’infirmerie à son extrémité sud.

Le dernier enfin se développe du Nord au Sud dans la partie occidentale de l’abbaye et englobe l’hôtellerie, les chambres des valets et les fours médiévaux.

Toit aile EstLes ailes Est et Sud comprenaient à leur extrémité deux pavillons à hauts combles à croupes révélés par l’analyse en négatif du bâti et la Déclaration générale de tous les biens du monastère du 20 mars 1790 « en deux grands corps de logis réunis ensemble et formant équerre ayant un pavillon saillant à l’extrémité de chaque aile et de trois étages ». Fragment de la pierre tombale de Mgr Soanen

Fragment de la pierre tombale de Mgr SoanenJean Soanen, évêque de Senez, fut inhumé dans une chapelle domestique dans les parties basses de l’aile Est, chapelle qui fut détruite à l’époque moderne. La dalle funéraire qui recouvrait sa tombe fut brisée puis enchâssée dans la cheminée moderne du Musée actuel installé dans la partie basse occidentale de la grande chapelle Notre-Dame.

Dessin du chœur au XVIII<sup>e</sup> sAvant d’aborder les travaux mauristes je me dois de préciser que l’abbatiale Saint-Robert édifiée sous le pontificat de Clément VI est l’une des rares églises qui n’ait pas été redistribuée par les mauristes ainsi que l’a précisé Bernard Chedozeau puisqu’elle a conservé son jubé et sa distribution intérieure en enfilade héritée du Moyen Âge (nef de 3 travées, stalles, sanctuaire des autels médiévaux), contrairement aux églises tridentines organisées pour la Présence réelle autour du tabernacle sur l’autel avancé entre les stalles, déplacées dans l’abside, et la nef.

Autel baroque Autels médiévaux

Un autel baroque est installé dans le chœur au XVIIIe siècle et surmonte l’autel médiéval du XIVe siècle et peut-être l’autel roman de l’église de Saint-Robert.

A la Chaise-Dieu les mauristes n’avancent pas l’autel vers la nef il est isolé au milieu du sanctuaire, cependant au milieu du XVIIe siècle, avec la doctrine de la Présence réelle appuyée sur la théorie de la transsubstantiation, le tabernacle en bois doré Domus Dei se répand et doit être placé in media ou in pulchriori altaris parte, au milieu ou au plus bel endroit de l’autel. Désormais, à la différence de ce qui se passait au Moyen Âge, l’autel n’est plus seulement table du sacrifice mais Maison de la Présence réelle, autel tridentin à tabernacle qui contient le Saint-Sacrement.

 <i class="spip">Monasticon Gallicanum</i>Si l’abbatiale Saint-Robert a ainsi conservé les trois espaces traditionnels, sa nef n’étant pas toute ouverte aux fidèles comme à Saint-Germain-des-Prés elle voit pourtant son mur d’enceinte édifié au XIVe siècle percé sur la gravure du Monasticon Gallicanum comme sur le sur le plan de 1643, d’ailleurs. Mais cette ouverture symbolique sur la ville et les fidèles cesse en 1771 lorsque le Cardinal de Rohan donne son assentiment à l’installation devant la façade de l’église d’une grille en fer « tant pour l’ornement que pour empêcher les gens de venir faire leurs immondices ».

La suite de cet article sera disponible dans une publication future du Bulletin du CERCOR