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  • Cinq cents ans des tapisseries - Du 22 juillet 13:33 au 1er octobre 18:30 La Casadei, place de l’abbaye
    Exposition de photographies de détails des tapisseries de La Chaise-Dieu.(replier)

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  • Nocturnes de l’abbatiale - Dimanche 22 juillet 21:30 Abbatiale Saint-Robert
    "Histoire de tapisserie".
    Mini concert d’orgue par Christophe de La Tullaye et Olivier Marion, co-titulaires de l’orgue en alternance — Son-et-Lumière numérique accompagnant l’orgue — Projection de 20 minutes "Histoire de tapisserie", qui raconte les tapisseries de la Chaise-Dieu, accompagnée du son-et-lumière ; quatre petits films différents pour quatre spectacles différents — Déambulation nocturne dans l’Abbatiale et illumination à la bougie du chœur monastique. Entrée libre(replier)

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  • Cinq cents ans des tapisseries - Du 23 juillet 13:33 au 2 octobre 18:30 La Casadei, place de l’abbaye
    Exposition de photographies de détails des tapisseries de La Chaise-Dieu.(replier)

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Introduction de Mgr Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes

Mgr Perrier est chargé, au sein de la Conférence des Evêques de France, de la catéchèse.

Mgr Perrier se demande si ces tapisseries peuvent servir de support à une catéchèse et si le fait qu’elles soient exposées dans le choeur d’une église a une importance.

Je suis désolé de faire commettre aux organisateurs une faute de plan car les remarques que je vais faire dans les vingt-cinq minutes qui me sont allouées viendraient mieux, ou seraient mieux venues, en conclusion de cette journée plutôt qu’en préambule puisque, évidemment, je vais parler à mon titre et étudier comment ces tapisseries peuvent être un support pour une présentation du mystère chrétien et quel sens a le fait que cette œuvre d’art remarquable se trouve dans une église et dans le chœur d’une église. Cela viendrait mieux plutôt en fin de journée et un samedi soir en transition avec le dimanche, célébration du mystère du Seigneur. Donc je suis conscient de cette faute de plan et je compte sur votre bienveillance.

Je vais faire trois remarques, de façon assez classique. Les premières tourneront autour du rapport Ancien et Nouveau Testament tel qu’il est mis en jeu, mis en scène et représenté dans ces tapisseries. Je ferai ensuite quelques remarques sur la portée, les possibilités et en même temps les limites d’une utilisation, disons catéchétique – utilisation n’a pas forcément un sens péjoratif – du réemploi catéchétique aujourd’hui de ces tapisseries pour une annonce du mystère chrétien. Et troisièmement, le fait que ces tapisseries ne se trouvent pas dans un musée, ne se trouvent même pas simplement dans la salle du chapitre d’un monastère, mais se trouvent dans une église et dans le chœur d’une église, lieu où on célèbre l’Eucharistie.

Deuxième excuse que je dois vous présenter : le fait que je suis beaucoup moins familier que vous de ces tapisseries et je serai bien incapable de dire quoique ce soit de savant à leur propos. Je suis donc le néophyte, la personne qui découvre pratiquement ce monument, puisque c’est bien un monument.

1. Le rapport entre les deux Testaments

A propos du rapport entre les deux Testaments, on ne peut qu’être frappé de l’importance, ne serait-ce qu’en m², du rapport entre des personnages, ou des scènes, de l’Ancien Testament et les scènes évangéliques. On peut remarquer que, le plus souvent, presque toujours, les préfigurations d’Ancien Testament sont effectivement authentiquement bibliques. Il suffit de reprendre la série des tapisseries et c’est très clair. Si on prend la toute première, pour l’Annonciation, on aura la figuration d’Ève et la figuration de Gédéon, on ne peut faire plus classique. Ou encore, à l’autre bout de la série, quand il est question du Couronnement de Marie, on voit Bethsabée venant trouver son fils. Et son fils qui est Salomon dans toute sa gloire, se lève à l’approche de sa mère : donc Marie couronnée, Marie la mère du roi, plus encore que la reine. Ou bien encore Esther qui, avec audace et un grand courage, va trouver Assuérus le persécuteur. Et Assuérus la prend sous sa protection. Bref, presque toutes les références d’Ancien Testament sont authentiques. On peut feuilleter sa Bible et on les trouvera. Ce qui fait d’ailleurs que les commentaires écrits peuvent raconter l’histoire sans grande peine et qu’ensuite on trouve des versets bibliques appropriés à la situation dans la bouche des prophètes. C’est assez différent, par exemple, des représentations traditionnelles des cathédrales, des portails des cathédrales, qui, en particulier pour le cycle de l’Enfance, vont puiser abondamment dans les Évangiles apocryphes qui ne sont peut-être pas sans quelque authenticité historique et qui ne sont pas sans charme, mais qui ne font pas partis, à proprement parler, de la Révélation et même qui, certaines fois, nous tirent du côté d’un merveilleux qui n’est pas spécifiquement chrétien. Donc là, on peut dire que nous sommes sur un terrain véritablement solide. Je ne prétends pas que ma remarque soit absolument vérifiée, mais j’ai relevé une scène qui vient des Évangiles apocryphes : quand Jésus, dans la fuite en Égypte, fait choir les idoles de ce pays païen, scène qui est mise en rapport avec la chute des idoles païennes quand l’Arche d’alliance se trouve avoir été prise et a été transportée dans le temple du dieu païen et le pauvre dieu païen tombe toutes les nuits. Et on a beau le remettre en place, il retombe la nuit suivante. Ce qui fait d’ailleurs que, finalement, les Philistins vont vouloir se débarrasser de l’Arche, non sans peine. Mais, sinon, la plupart des références sont un terrain solide.

Certaines fois, le lien entre la scène évangélique et le personnage, la scène ou le symbole de l’Ancien Testament qui est représenté, tient à Jésus lui-même. Je pense en particulier au serpent d’airain. Jésus lui-même dit que quand il sera élevé de terre il sera comme le serpent d’airain que Moïse a élevé dans le désert et ceux qui le regardaient avaient la vie sauve [1] . Je pense aussi à l’utilisation, à plusieurs reprises dans plusieurs des panneaux, des poèmes du Serviteur, en particulier le quatrième chant du Serviteur, le Serviteur souffrant, tout à fait à la fin du chapitre 52 d’Isaïe et le chapitre 53, certainement un des sommets, y compris littéraires, de l’Ancien Testament, certainement un des textes les plus proches de ce que le Nouveau Testament nous présente dans la Passion de Jésus. Donc beaucoup de références sont faites à cela et elles s’enracinent déjà dans la présentation que Jésus fait de lui-même ainsi que dans la compréhension que la première génération chrétienne, donc les écrits apostoliques, a du mystère du Christ : comment se fait-il que ce Messie glorieux soit passé par la croix ? On là a un enracinement tout à fait traditionnel et remontant même à Jésus. C’est aussi le cas de la citation d’Isaïe à propos de la conception virginale de Jésus : La vierge enfantera [2]. Vous savez que la traduction grecque en usage à l’époque de Jésus, dans cette population devenue bilingue, ne laisse pas d’ambigüité sur l’interprétation du mot hébreu. La compréhension qu’avait la Septante de cette prophétie d’Isaïe penchait nettement pour le fait que cette jeune fille était effectivement vierge. Donc, il y a toute une série de choses qui ont un enracinement très profond. D’autres choses seront beaucoup plus allusives, et tout à l’heure dans l’exposé patristique, cela vous sera certainement expliqué, mais on peut dire que cet enracinement authentique dans l’Ancien Testament avec une interprétation déjà faite à l’intérieur du Nouveau Testament fait de cette série de tapisseries un document, on pourrait presque dire un document du Magistère.

Une dernière remarque encore sur les représentations de l’Ancien Testament. Je trouve très intéressant, très remarquable, le fait que, pour la plupart des scènes du Nouveau Testament, de l’Évangile, il y a deux figures, deux préfigurations prises dans l’Ancien Testament. Je trouve cela intéressant pour montrer que le passage de l’Ancien au Nouveau Testament n’est pas un passage linéaire, comme si dans tel évènement, tel personnage, telle figure, tel symbole de l’Ancien Testament était déjà vraiment tout entier et adéquatement contenu ce que le Christ révèlerait – ce qui est faux. De plus, si on a cette idée-là, l’incompréhension, le rejet par les autorités juives devient encore plus incompréhensible. En fait, c’est le Nouveau Testament qui projette une certaine clarté sur les figures des évènements de l’Ancien Testament, mais c’est un éclairage par l’issue qui est donné plutôt que quelque chose de linéaire. Et je pense qu’il en est d’ailleurs ainsi dans l’histoire d’une vie. Quand on prend un évènement de notre vie, il est l’aboutissement, au croisement de plusieurs lignes de préparation. Il n’y a pas une chose qui a strictement prédéterminé les choix importants de nos existences. Je trouve que cela met un peu de mou, un peu de souplesse et plus de réalisme que si nous avions quelque chose de systématique. Ce qui est systématique est abstrait et donc est hors du réel. Je ne sais pas si c’est très fréquent dans les autres lieux où le rapport Ancien Testament/Nouveau Testament est aussi mis en œuvre, je ne sais pas si c’est aussi fréquent qu’il y ait deux préfigurations et non pas une seule. En effet, ce rapport des deux Testaments (puisqu’on aime bien aujourd’hui dire non plus l’Ancien Testament mais le Premier Testament – je crois que c’était une expression du père Beauchamp) n’est pas mis en œuvre ici seulement et c’est une chose qui est assez constante dans la tradition de l’Église. On le trouve déjà, je vous l’ai dit, dans le Nouveau Testament, très amplement dans la patristique avec des méthodes propres à cette époque, ainsi que sur les fresques de Saint-Savin. C’est aussi, ce qui est tout à fait classique et traditionnel, l’histoire des auteurs du Nouveau Testament juchés sur les épaules des prophètes de l’Ancien Testament. Comme j’ai été évêque de Chartres pendant sept ans avant d’aller à Tarbes, j’ai pu contempler ces images-là. C’est donc un motif tout à fait traditionnel. Mais je prendrai aussi un exemple dans mon propre territoire d’aujourd’hui, et c’est presque surprenant. Vous connaissez sans doute la basilique du Rosaire, N.-D. du Rosaire, à Lourdes où les quinze chapelles représentent les quinze mystères du rosaire, donc les scènes de l’enfance, les scènes de la crucifixion, la Passion, et les scènes glorieuses. On voit en grand la figure principale, etc… mais ce qu’on ne sait pas beaucoup, c’est que les côtés, le plafond, les arcs, les inscriptions etc. sont des scènes tirées de l’Ancien Testament. Et je trouve assez remarquable que ces mosaïques, très conventionnelles, des environs de 1900, où on ne peut pas dire qu’il n’y ait pas eu quelque antisémitisme dans la société française, aient fait jouer, elles-aussi, ce rapport des deux Testaments et aussi, d’ailleurs, en faisant figurer plusieurs scènes ou plusieurs symboles pour chacune des scènes évangéliques représentées. Je n’ai pas fait l’étude systématique mais, comme beaucoup des scènes évangéliques représentées sont communes entre les mystères du rosaire et les motifs des tapisseries de La Chaise-Dieu, ce serait intéressant de voir s’il n’y aurait pas de nombreux recoupements quant aux figures ou préfigurations de l’Ancien Testament qui sont employées.

Enfin, dernier exemple de ce rapport des deux Testaments c’est la liturgie elle-même, en particulier la liturgie dominicale telle que le concile Vatican II l’a voulue et où, sauf exception – l’exception étant le temps pascal –, la première lecture est en rapport avec le texte de l’Évangile et, comme je vous le disais tout à l’heure, on ne comprend pourquoi tel passage de l’Ancien Testament a été choisi comme première lecture qu’une fois qu’on a lu l’Évangile. Mais c’est une tradition dans l’histoire de l’Église – cela a toujours été comme cela – de toujours commencer par la lecture de l’Ancien Testament, puis une lecture apostolique et enfin la lecture de l’Évangile qui est comme le sommet. Mais, en réalité, c’est à partir de la scène évangélique que l’on comprend le choix de tel passage de l’Ancien Testament. Voilà quelques remarques autour du rapport des deux Testaments tel qu’il est mis en œuvre et figuré sur les tapisseries de La Chaise-Dieu.

2. La dimension et l’emploi catéchétique des tapisseries.

Qu’il soit bien entendu que ces œuvres font parties du patrimoine commun et donc que chacun peut les regarder et y voir ce qu’il veut y voir… Mais, tout de même, je crois que, pour une œuvre, qu’il y ait une correspondance entre l’auteur et son lecteur, une correspondance laissant place à toute la liberté de l’interprétation, est plutôt, me semble-t-il, une bonne chose. Donc considérer les tapisseries uniquement comme une réussite artisanale, même remarquable, est sans doute leur enlever une bonne part de leur signification. Donc je crois, – et cela vaut pour la présentation de toutes les œuvres chrétiennes – que connaître leur source d’inspiration et la signification que ces œuvres pouvaient avoir pour ceux qui les ont réalisées ou, pour l’art contemporain, pour ceux qui les réalisent aujourd’hui, c’est – je ne pense pas faire une œuvre de prosélytisme – c’est essayer de correspondre à l’intention. Il faut découvrir l’intention de l’auteur. Dans toute œuvre d’art c’est quelque chose qui est intellectuellement honnête. Alors cette histoire de l’emploi pour une présentation du mystère chrétien me semble fondée et en même temps limitée.

Une utilisation fondée pour une catéchèse

C’est fondé. Ces tapisseries, essentiellement, sont un récit. Ce sont des évènements depuis l’Annonciation jusqu’au Jugement dernier, présenté comme l’évènement ultime mais enfin quand même de l’ordre de l’évènement. Donc, on est bien dans l’ordre du récit et pratiquement – il y peut-être une exception – chacune des tapisseries représente un acte. Ce n’est pas simplement un portrait d’une personne, c’est une action. En cela, ces tapisseries sont profondément biblico-évangéliques, puisque nous sommes une religion historique. Pour nous, ce sont bien sûr des personnes et sûr-éminemment la personne du Christ qui donne sens à la vie, mais ce sont des personnes en action. Et, suprêmement, c’est le mystère pascal, donc la mort et résurrection du Christ. Ce sont des évènements qui se sont passés : Jésus est né sous Hérode, il est mort sous Ponce Pilate. Il y a quand même une curiosité dans la profession de foi chrétienne. On remarque que Pilate, un païen mais ce n’est pas le plus important, est surtout quelqu’un qui agit contre sa conscience, puisqu’il sait que Jésus est innocent et qu’il le fait condamner à mort. Or, jusqu’à la fin des temps, quand nous professons la foi chrétienne, nous nommons ce pécheur qui agit contre sa conscience, pas contre la loi de Dieu : il n’est pas juif et ne connaît pas la loi de Dieu. Mais il a sa conscience et la conscience en tient lieu. Et voilà que ce sacripant de Ponce Pilate, jusqu’à la fin des temps, sera nommé dans notre Credo. C’est une caractéristique – je crois – de la foi chrétienne que d’attacher une valeur permanente, éternelle finalement, à des évènements qui, comme évènements historiques, sont des évènements ponctuels. Donc, le fait que ces tapisseries représentent des scènes et des évènements, se prêtent à un récit, est tout à fait cohérent avec une présentation du mystère chrétien.

On peut dire aussi – j’y ai fait allusion – que la scène évangélique au centre de chacun des tryptiques et les préfigurations d’Ancien Testament sur la gauche et sur la droite, est le procédé qui sera le plus souvent utilisé dans une présentation catéchétique. En particulier s’il faut s’adresser à des enfants. Pour ne pas trop se perdre, car il y a quand même des personnages qui ont une importance inégale parmi ceux qui sont représentés à gauche et à droite des scènes évangéliques, je crois que, le plus souvent, on partira de l’évènement évangélique et on regardera ensuite les deux préfigurations qui en ont été données. Partir du centre et, du centre, redécouvrir ce qui a pu le préfigurer. Au fond, dans le travail de la généalogie qui est aujourd’hui tellement couru, on fait comme cela. On part du plus récent et on remonte vers le plus ancien. On ne va pas découvrir d’emblée notre ancêtre du temps des mérovingiens.

Les limites pour cet emploi catéchétique

Mais en même temps il faut tout de même reconnaître que ce serait difficile de fonder toute une catéchèse uniquement là-dessus.

Pourquoi ?

Si on compare la série des tapisseries à un Credo on peut dire tout y est… et tout n’y est pas. Les tapisseries sont totalement, et on peut dire exclusivement, centrées sur la personne du Christ. Or dans une présentation de la foi chrétienne, dans un Credo chrétien, il y aura toujours en particulier le thème de la Création qui sera important. Bien sûr, le Christ est le Verbe Créateur, mais dans le Credo nous parlons du Père « Créateur du ciel et de la terre…. » C’est quelque chose qui est représenté à Saint-Savin, par exemple, dans beaucoup de mosaïques de l’Antiquité… et qu’on ne trouve pas ici. Or, aujourd’hui, c’est très important. Je crois qu’une théologie de la Création, du Dieu Créateur est capitale. Ne serait-ce d’ailleurs que pour le dialogue interreligieux, pour la certitude que nous faisons bien partie d’une même famille humaine, ce sont des thèmes qu’on ne peut pas passer par pertes et profits ou reléguer simplement à une théologie naturelle du Moyen Âge. Ce sont des thèmes, à mon avis, très très actuels qui ne s’y trouvent pas.

De même, les tapisseries figurant des actes du Christ font très peu de place et, sauf exception, pas de place du tout à l’enseignement de Jésus. Vous n’avez pas de tapisserie sur le discours sur la montagne… Cela se comprend bien parce qu’un discours ne se prête pas beaucoup à une figuration. Or, autant je viens d’insister à l’instant sur le fait que la religion juive et la religion chrétienne sont des religions historiques et que ce sont des évènements qui sont salutaires. Ces évènements, la Parole de Dieu les a éclairés. Et les Évangiles sont un va-et-vient entre des actes et des paroles. Donc, supprimer complètement l’enseignement de Jésus ne convient pas. Si ne privilégier que l’enseignement en laissant de côté les miracles, la vie de Jésus, sa mort et résurrection, est une déformation, l’inverse l’est tout autant. Et c’est aussi trahir l’Évangile.

Et puis on pourrait dire aussi que l’Esprit Saint n’a pas quand même une place très considérable. Bien sûr, il est mentionné : on le voit de temps en temps sous la forme d’une colombe entre le Père et le Fils et puis il y a la scène de la Pentecôte, mais… Donc même par rapport à un Credo, la série des tapisseries permet d’illustrer certaines choses mais pas tout. Vous me direz il vaut mieux bien faire une partie que mal faire le tout. D’accord. Donc que cela puisse servir, tout à fait, mais en sachant que cela sera un élément et que, sur une longue durée, on ne pourrait pas toujours tout faire à partir de là. Ne serait-ce que parce que, dans la présentation traditionnelle par l’Église catholique, c’est pareil d’ailleurs chez nos frères réformés, d’un catéchisme il y a toujours quatre parties : le Credo, les sacrements, l’agir chrétien et la prière. Donc instrument catéchétique : oui, certainement, de très grande valeur, de très grande portée mais je ne mettrai pas tous mes œufs dans ce panier là.

3. Des tapisseries exposées dans le chœur de l’église

Enfin troisième remarque, ou série de remarques, à propos de la liturgie. Il n’est pas sans importance que ces tapisseries, aujourd’hui, ne soient pas dans un musée, une galerie et que cela ne soit pas même dans n’importe quel type de lieu chrétien mais que ce soit spécifiquement dans une église. C’est dans l’église, alors que dans les cathédrales, romanes ou gothiques, les représentations sont, pour l’essentiel, à l’extérieur et vous avez peu à l’intérieur : vous avez des chapiteaux. Mais pour l’essentiel et en particulier la figuration des deux Testaments c’est surtout à l’extérieur : revenons à Chartres avec ce magnifique portail de l’Ancien Testament et puis le portail de l’église. Ici, non, cela se trouve à l’intérieur et pas n’importe où à l’intérieur : dans le chœur et l’intérieur du chœur. Ce n’est donc pas la même chose. J’ai, aussi, été curé à Notre-Dame de Paris : vous connaissez sans doute les sculptures du tour du chœur qui sont aussi une vie de Jésus et dont il manque une partie essentielle parce qu’on a détruit le jubé au XVIIIe siècle et ce n’est pas la Révolution qui en est coupable ce sont les chanoines. (Quand vous cherchez les méfaits commis dans les cathédrales il faut chercher assez souvent du côté des chanoines. Ce sont eux, en particulier à Notre-Dame de Paris, qui ont cassé les verrières parce qu’ils avaient déjà du mal à voir). Donc, ils ont détruit le jubé et une série des scènes essentielles. Ce qui fait que des scènes du Jardin on passe brutalement à la Résurrection, on se dit : « mais que s’est-il s’est passé entre temps ? » et bien on a détruit le jubé. Mais tout cela est à l’extérieur : c’est une enveloppe. Là, c’est à l’intérieur. Je pense que cela l’a toujours été. Enfin, moi je les découvre telles qu’elles sont dans leur emplacement présent et donc le lien à la liturgie se trouve considérablement renforcé. Ce n’est pas simplement « il y avait un mur, il fallait bien mettre quelque chose autour du mur, on va mettre des hauts-reliefs pour décorer », mais cela se trouve à l’intérieur donc au lieu de la célébration, donc de l’actualisation de ce qui est représenté parce que cela s’est accompli à un moment de l’histoire humaine. Parce que cela se trouve à l’intérieur du chœur, donc en relation avec la célébration liturgique et tout particulièrement avec la célébration eucharistique, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une amplification du cycle pascal. D’ailleurs, il me semble qu’il n’y a que deux cycles dans l’ensemble de ces tapisseries. Vous avez le cycle qui va de la résurrection de Lazare jusqu’au Jugement dernier qui est le cycle de la Passion, puisque la résurrection de Lazare est le dernier évènement qui précipite la décision des autorités juives de mettre Jésus à mort avec, après, l’enchaînement : les scènes de descente aux Enfers, Résurrection, Ascension, Pentecôte et ultimement le Jugement. Donc c’est tout le mystère pascal qui va de la résurrection de Lazare jusqu’au Jugement dernier. Et puis vous avez un premier cycle qui est celui de l’Enfance et que je prolongerai volontiers par les deux scènes du Baptême et de la Tentation. Il me semble que tel que c’est représenté ici c’est un cycle pascal préfiguré. Bien sûr, la figure de Marie est très importante mais il y a la scène du massacre des Innocents, la fuite en Égypte, le Baptême, la Tentation. La Tentation c’est déjà la victoire du Christ. Et dans le massacre des Innocents c’est encore la même chose qui se produit. La mort essaye d’exercer son pouvoir et laisse échapper le Juste qui sera finalement sauveur de tous. Je crois que les deux cycles, celui de la Nativité et du début du ministère, forment déjà un ensemble et le deuxième cycle est le cycle pascal. Ce n’est pas étonnant que ce soient ces deux cycles-là qui soient particulièrement valorisés puisque, quand nous célébrons l’Eucharistie, nous faisons justement mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur.

Conclusion

On pourrait dire que les tapisseries ne sont pas à voir seulement sur un rythme binaire, ou dans les deux temps, celui de l’Ancien Testament et celui du Nouveau Testament, mais sur un rythme à trois temps.

Il y a effectivement les préfigurations de l’Ancien Testament, il y a la réalisation et l’accomplissement, dans la personne du Christ mais il y a aussi l’actualisation d’aujourd’hui. Et la pleine actualité de ce qui est ainsi montré, à mon avis, est double. Elle est dans le sacrement de l’Eucharistie où le Christ vivant, ressuscité, nous fait participer à tout ce qu’il a vécu, souffert et à son triomphe dans la résurrection. Donc nous sommes rendus contemporains de ces évènements, nous bénéficions de la grâce de ces évènements de salut et ceci nous est communiqué dans les sacrements et tout particulièrement dans le sacrement de l’Eucharistie. Car, par sa résurrection, Jésus fait que les évènements du passé ne sont pas seulement du passé mais qu’ils ont la force de ce qu’il vivait à chaque heure de sa vie, qu’ils nous sont rendus présents et que nous pouvons en bénéficier. C’est cela la sacramentalité chrétienne, c’est l’actualité de ce que Jésus a vécu jadis une fois pour toutes, sous Ponce Pilate. Donc il y a l’actualisation par le sacrement. Et puis il y a l’actualisation par le témoin. C’est-à-dire celui qui présentant, lisant ces tapisseries, peut témoigner que cela a du sens pour lui. Alors, bien évidemment, selon les personnes à qui on fait visiter, selon le type de relation qui existe, cela se passera tout à fait différemment, mais je crois, pour avoir vu cela mis en œuvre très largement à Chartres, qu’il y a une possibilité réelle pour des croyants de manifester que cette œuvre n’est pas simplement pour eux une œuvre esthétique remarquable et un témoin de certaines techniques très poussées et particulièrement perfectionnées, mais que cela a aussi du sens pour eux. Ils le montreront d’ailleurs d’autant mieux qu’ils savent mieux aussi mettre en valeur la qualité esthétique et la qualité quasi industrielle ou industrieuse de l’œuvre. Il ne s’agit pas de mépriser l’œuvre d’art et l’œuvre d’artisanat pour ne voir d’emblée que sa signification religieuse, mais je crois que le présentateur ajoute plutôt quelque chose et fait parler encore davantage l’œuvre si, d’une manière ou d’une autre, il s’intègre dans cette histoire dont nous sont présentées des scènes qui sont du passé mais qui ne sont pas privées de sens et le chrétien pensera même d’efficacité pour aujourd’hui.

Notes

[1] Jn 3, 14 ; 12, 32

[2] Is 7, 14