Les théologiens commentent …

Joseph Ratzinger – Benoît XVI

A propos des paroles du prophète Michée reprises par saint Matthieu

L’Enfance de Jésus, Flammarion, 2012, p. 147-149

Quelle réponse a donnée l’illustre réunion à la question concernant le lieu de naissance de Jésus ? Selon Matthieu 2, 6, elle a répondu par une sentence, composée de paroles du prophète Michée et du Second Livre de Samuel : « Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef (cf. Mi 5,1) qui sera pasteur de mon peuple Israël (cf. 2 S 5, 2). »

Citant les paroles en question, Matthieu a introduit deux nuances différentes. Alors que la majeure partie de la tradition du texte, et en particulier la traduction grecque des Septante, dit : « (Tu es) le plus petit parmi les clans de Juda », il écrit : « Tu n’es nullement le moindre des clans de Juda. » Les deux versions du texte font comprendre — l’une de façon différente de l’autre — le paradoxe de l’action de Dieu, qui envahit tout l’Ancien Testament : ce qui est grand naît de ce qui semble petit et insignifiant selon les critères du monde, alors que ce qui est grand, aux yeux du monde, se brise et disparaît.

Il en a été ainsi, par exemple, dans l’histoire de l’appel de David. Le plus jeune des fils de Jessé, qui en ce moment paît les brebis, doit être appelé et oint roi : ce n’est pas l’aspect et la haute stature qui comptent, mais le cœur (cf. 1 S 16, 7). Une parole de Marie dans le Magnificat résume ce paradoxe persistant de l’action de Dieu : « II a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles » (Lc 1, 52). La version vétérotestamentaire du texte, dans laquelle Bethléem est qualifiée de petit parmi les clans de Juda, met clairement en lumière cette manière de l’agir divin.

En revanche, quand Matthieu écrit : « Tu n’es nullement le moindre des clans de Juda », il n’a éliminé qu’apparemment ce paradoxe. La petite ville, considérée en soi insignifiante, se rend maintenant reconnaissable dans sa vraie grandeur. Le vrai pasteur d’Israël sortira d’elle : dans cette version du texte apparaissent ensemble l’évaluation humaine et la réponse de Dieu. Avec la naissance de Jésus dans la grotte en dehors de la ville, le paradoxe se confirme ultérieurement. Par là nous sommes arrivés à la deuxième nuance : Matthieu a ajouté à la parole du prophète cette affirmation déjà mentionnée du Second Livre de Samuel (cf. 5,2), qui là se réfère au nouveau roi David et qui maintenant rejoint sa pleine réalisation en Jésus. Le futur prince est qualifié de Pasteur d’Israël. Ainsi est faite une allusion à la sollicitude aimante et à la tendresse, qui caractérisent le vrai souverain en tant que représentant de la royauté de Dieu.

La réponse des chefs des prêtres et des scribes à la question des Mages a certainement un contenu géographique concret, qui pour les Mages est utile. Toutefois, elle n’est pas seulement une indication géographique, mais c’est aussi une interprétation théologique du lieu et de l’événement. Qu’Hérode en tire ses conséquences est compréhensible. En revanche, le fait que les connaisseurs de l’Écriture sacrée ne se sentent pas poussés à prendre des décisions concrètes à la suite est surprenant. Peut-être doit-on repérer ici en cela l’image d’une théologie qui s’épuise dans la dispute académique ?

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