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Les tapisseries de chœur

La collection compte 14 tapisseries dont 12 constituent une suite complète. Elles étaient exposées dans le chœur des moines, à l’emplacement pour lequel elles avaient été faites.
Classées "Monuments historiques" en 1844, elles sont la propriété de la commune de La Chaise Dieu et affectées au culte catholique (loi 1905).
Elles ont connu deux programmes de restauration : par l’atelier des Gobelins en 1912-1921 et par la maison Aubry en 1973, ainsi que trois campagnes de nettoyage entre 1959 et 1996.
Le 23 mai 2013, toutes les tapisseries ont été décrochées afin d’être nettoyées et restaurées.
La Fondation du Patrimoine est un des acteurs de cette restauration en récoltant des fonds.
  • Laines & Pierres

    Du 26 juillet au 29 septembre 2013, exposition de tapisseries en partenariat avec la Cité internationale de la Tapisserie et de l’Art Tissé d’Aubusson. Entrée Adulte : 3 € (pour aider à financer le (...)

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Une commande de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire

Même en l’absence de tout document, on sait que les tapisseries de chœur de l’abbaye de La Chaise-Dieu ont été commandées par l’abbé Jacques de Saint-Nectaire, dont les armes apparaissent à de nombreuses reprises. Elles ont été tissées entre 1501, après l’attribution par le roi des armoiries de l’abbaye qui y sont reproduites, et avril 1518, puisqu’un document nous dit qu’elles ont été exposées le jour de la fête de saint Robert.

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Un atelier inconnu

On ignore à quel atelier la réalisation de cette suite de tapisseries fut confiée. On pense qu’il s’agit d’un atelier flamand. Seuls les ateliers d’Arras, Bruxelles ou Tournai avaient à cette époque une envergure suffisante pour réaliser un ouvrage d’une telle dimension et d’une telle qualité. Il est même possible que l’atelier qui réalisa les deux tapisseries destinées à son usage personnel ait été différent de celui qui réalisa les tapisseries de chœur. Les points y sont moins fins. Elles sont bordées de guirlandes, comme il était d’usage à Bruxelles, alors que les tapisseries de chœur ne le sont pas.

Un thème original

On ignore également qui a réalisé les cartons. Le sujet choisi n’est pas ordinaire. Il eût été plus traditionnel de faire réaliser des cartons illustrant la vie du fondateur de l’abbaye, saint Robert de Turlande. Le choix de montrer que l’Ancien Testament annonce le Nouveau Testament répond à une intention catéchétique évidente, d’autant qu’à cette époque précédant la Réforme la lecture de la Bible était sujet de débat. En pratique, les sources iconographiques sont évidentes. Comme l’avait relevé Émile Mâle, il s’agit principalement de La Bible des pauvres, ouvrage très populaire dans le monde germanique au XIVe siècle. De façon complémentaire, ainsi que le montre Sophie Brun [1]dans sa récente thèse, Les Chroniques de Nuremberg et certains peintres allemands comme Martin Shaungauer ont inspiré le cartonnier. L’intervention directe de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire dans les choix iconographiques est probable.

Une collection complète

La collection comprend 14 tapisseries.

Deux, représentant la Nativité et la Résurrection, n’appartiennent pas à la suite du chœur (Elles sont actuellement présentées dans la salle du trésor). Elles ont probablement été commandées par l’abbé pour son usage personnel (les armoiries de l’abbaye n’y figurent pas mais ses seules armoiries familiales) ; il est possible qu’il les destinait à son logis de Chanteuges. Si leurs cartons ont de nombreux points communs avec ceux des tapisseries destinées au chœur, on n’y retrouve pas les annonces de l’Ancien Testament.

Les 12 autres tapisseries constituent une suite complète : le cycle liturgique y est présenté dans sa totalité de l’Annonciation au Jugement dernier. Leur disposition d’origine dans le chœur l’atteste. Un inventaire antérieur à la Révolution mentionne 18 tapisseries dont une en mauvais état disposée sur les marches de l’autel. 4 tapisseries ont donc disparu ; elles n’appartenaient pas à la suite du chœur, dont on voit qu’elle est complète.

Une commande destinée au chœur de l’abbatiale

La tapisserie centrale représente la Crucifixion (Elle est actuellement présentée dans le scriptorium). Elle a un plan carré qui la distingue. Le dessin est somptueux. Elle était présentée au-dessus de la porte du jubé. On sait que le jubé a été abaissé au XVIIe siècle pour permettre à l’orgue d’être mieux entendu dans le chœur. Dès lors, cette tapisserie, trop grande, ne pouvait rester à cet emplacement, même si ce positionnement dans le cycle liturgique l’imposait.

De part et d’autre, étaient accrochées 2 tapisseries de plus petites dimensions, l’une (à gauche) représentant le portement de Croix, l’autre (à droite) représentant la descente aux Enfers (Elle est actuellement présentée dans la salle du Trésor). Les trois tapisseries (le portement de Croix, la Crucifixion et la descente aux Enfers) occupaient exactement la largeur du chœur.

Le long du chancel sud, sur 5 travées, étaient accrochées les 5 premières tapisseries ; le long du chancel nord, les 4 dernières. Les 5 tapisseries d’un côté et les 4 de l’autre ont une longueur identique de 29 m environ.

Une exposition réservée aux grandes fêtes liturgiques

Ces tapisseries n’étaient toutes exposées que lors des grandes fêtes liturgiques. Elles étaient roulées et conservées dans la tour Clémentine lors des troubles qui affectèrent l’abbatiale pendant les guerres de Religion et la Révolution.


Notes

[1] Voir les références dans la bibliographie.