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Après 1790 : L’abbaye sans moines

par Les Amis de l’Abbatiale

Dès 1789, l’Assemblée nationale prend les décisions qui mettent un terme à la vie monastique :
- le 2 novembre, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation
- le 13 novembre, les communautés doivent déclarer leurs biens mobiliers et immobiliers
- le 13 février 1790, les vœux monastiques sont interdits et les ordres religieux supprimés
- En 1792, la République décide la vente des biens nationaux.

Le Concordat signé en 1801 par le Premier Consul Bonaparte et le Pape Pie VII, permet de rétablir une relative sérénité. L’évêché du Puy est alors rattaché à celui de Saint-Flour jusqu’à la Restauration.

La fermeture de l’abbaye de la Chaise-Dieu se fit sans incident en février 1790. Le dernier prieur, dom Pierre Terrasse, et tous les moines furent relevés de leurs vœux. La plupart se dispersèrent. Dom Pierre Terrasse fut désigné maire. Il veilla à ce que l’Inventaire fut établi en mars 1790 dans le calme. Il organisa la dispersion de l’importante bibliothèque de 5 853 volumes soit à l’évêché de Saint-Flour soit à la municipalité de Brioude. Le 3 mai 1790, jour de la prise de possession du monastère par le corps municipal, il demanda « de s’abstenir des fonctions municipales ».

Si l’église abbatiale fut relativement protégée par la population de La Chaise-Dieu, en revanche les bâtiments abbatiaux, abandonnés, furent pillés. En 1793, la plupart furent vendus aux enchères à des habitants du pays, dont certains moines rendus à la vie civile.

A la Restauration, l’église abbatiale devint l’église paroissiale. Les trois anciennes églises paroissiales furent fermées et détruites.

Prosper MériméProsper Mérimée (1803-1870), parallèlement à sa carrière d’écrivain, fut Inspecteur général des monuments historiques de 1834 à 1860, fonction à laquelle il donna un lustre exceptionnel. Dans ce cadre, il visita l’Auvergne en 1837 ; le rapport qu’il publia montre un désintérêt manifeste pour l’abbaye de La Chaise-Dieu. Ceci ne l’empêcha pas d’inclure les bâtiments abbatiaux en 1840 dans la liste des monuments nécessitant une intervention, ni de les classer comme “Monuments Historiques” en 1847. Il devint sénateur sous le second Empire où il bénéficiait d’un grand prestige mondain.

Cette visite de Mérimée marqua le début de la prise en charge des bâtiments et du trésor (en particulier des tapisseries), propriétés de la commune, par l’administration des Monuments Historiques. De grands travaux y sont périodiquement entrepris.

En 1966, fut donné avec Georgy Cziffra le premier concert de ce qui allait devenir le festival de La Chaise-Dieu. Son succès et sa notoriété allait faire de l’abbatiale un haut-lieu de la musique en Europe.

L’abbaye accueille des visiteurs dès le XIXe siècle : le récit que fait George Sand [1] de sa visite en juin 1859 est particulièrement attachant. Leur nombre culmine en 1960 où il dépasse 60 000.

En 1984, Mgr Cornet, alors évêque du Puy, demande à la Communauté Saint-Jean qui venait d’être fondée d’ouvrir un prieuré à La Chaise-Dieu.

Le père Marie-Dominique Philippe, fondateur des Frères de Saint-Jean, et deux frèresSon successeur, Mgr Brincard, confie aux frères la charge de la paroisse de La Chaise-Dieu et des autres paroisses du plateau casadéen. La présence des frères permet à La Chaise-Dieu de renouer avec son passé monastique, selon un mode toutefois différent de l’ancienne abbaye, puisqu’il permet d’allier la vie monastique de prière à une vie apostolique, particulièrement nécessaire dans un lieu très touristique.


Notes

[1] Voyage en Auvergne, Ed. Pimientos, Urrugne, 2004, p.86-88