Accueil du site > Histoire & Patrimoine > Histoire > De 1640 à 1790 : Les Mauristes

De 1640 à 1790 : Les Mauristes

par Les Amis de l’Abbatiale

La doctrine du jansénisme [1]apparaî t en 1640. Jansenius déclare dans son livre appelé « Augustinus  » que la grà¢ce n’est accordée qu’aux seuls élus. Cette théorie, condamnée par le Pape et la Sorbonne, est soutenue par le Parlement de Paris et les solitaires de Port-Royal (Antoine Arnaud, Blaise Pascal,..) Cette querelle s’apaise en 1668 quand tous les jansénistes acceptent de signer un Formulaire de Foi. Elle se rallume à l’occasion de la publication de la bulle « Unigenitus  » en 1713.

Le XVIIIe siècle est appelé siècle des Lumières par référence au rôle des philosophes : l’Encyclopédie, dirigée par d’Alembert et Diderot, est publiée en 1777.

Le rattachement aux Mauristes ne fut pas accepté facilement par les bénédictins de La Chaise-Dieu : la congrégation mauriste était très centralisée et La Chaise-Dieu perdait une réelle autonomie. En 1643, après la mort du Cardinal de Richelieu, les moines casadéens tentèrent de remettre en cause ce rattachement. Cette démarche fut vaine, d’autant qu’ils étaient affaiblis tant en nombre qu’en moyens financiers.

Les Mauristes attachaient une très grande importance aux études. A La Chaise-Dieu, ce travail de bénédictin s’est traduit par la publication de l’ouvrage de dom François Gardon sur la Vie de saint Robert et l’histoire de l’abbaye [2], de l’Histoire générale de la congrégation de dom Victor Tiolier en 1652 et, en 1667, d’une histoire de l’abbaye en latin par dom Simon Genoux.

En même temps, ils entreprenaient de remettre en état l’abbatiale ravagée par les huguenots. Le tombeau du pape Clément VI fut reconstruit au milieu du chœur et le gisant put y être replacé. Le maître-autel, ceux des chapelles latérales ainsi que les retables datent de cette époque. Les bâtiments de la place de l’Écho (et donc la salle de l’Écho elle-même) ont été reconstruits à la fin du XVIIe siècle à la suite d’un incendie qui avait détruit les bâtiments datant de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire.

L’abbaye devint un foyer d’accueil pour les jansénistes. La communauté casadéenne accueillit volontiers Jean Soanen, évêque de Senez, l’un des plus farouches appelants, qui avait été suspendu de ses fonctions épiscopales et que le roi avait contraint à se retirer à La Chaise-Dieu, où il vécut de 1727 à sa mort en 1740 à l’âge de 93 ans.

L’instinct bâtisseur des mauristes ne s’arrêtaient pas : la construction du grand escalier de style Louis XV, mais dont le matériau et les proportions complètent si bien la façade, et l’aile ouest des bâtiments abbatiaux datent de cette époque.

Ce renouveau mauriste, spirituel et intellectuel, avait suscité des vocations plus nombreuses. Mais le XVIIIe siècle se traduisit par une désaffection de la vie monastique. En 1790, les moines n’étaient plus qu’une trentaine et la règle n’était plus appliquée avec la même ferveur.

Deux abbés de cette époque

Hyacinthe Serroni, abbé de La Chaise-Dieu de 1672 à 1687

Cardinal SerroniNé en 1617 à Rome, il entre chez les dominicain. En 1645, il vient en France où il est nommé évêque d’Orange, puis de Mende en 1661. En 1672, prenant la suite de son protecteur le cardinal François-Marie Mancini, neveu de Mazarin, il est nommé abbé de La Chaise-Dieu. En 1676, il est nommé archevêque d’Albi et devient lui-même cardinal. En 1684, il vient à La Chaise-Dieu ; il offre à l’abbaye le magnifique buffet d’orgue et fait modifier le jubé pour permettre à la musique d’être mieux entendue dans le chœur. Ses libéralités pour la cathédrale d’Albi et l’abbaye de La Chaise-Dieu le ruinèrent. Il mourut en 1687. Il écrivit de nombreux livres religieux.

Louis-René-Édouard, prince de Rohan-Guéménée, cardinal-archevêque de Strasbourg, abbé de La Chaise-Dieu de 1756 à la Révolution

Cardinal de RohanNé en 1734 à Paris, il succède à son oncle en devenant le dernier abbé de La Chaise-Dieu en 1756. En 1761, il est élu à l’Académie française. Ami de Buffon et d’Alembert, c’était un prélat philosophe. En 1772, il est envoyé comme ambassadeur à Vienne où il scandalisa l’impératrice par son mode de vie. En 1777, il est nommé coadjuteur, puis grand aumônier de France, puis il est créé cardinal et enfin nommé prince-évêque de Strasbourg. Il se compromet dans l’affaire du collier de la reine : Louis XVI l’oblige à « purger à La Chaise ». Il n’y vient que 4 mois en 1786. Il ne put jamais retourner à la Cour. En 1789, il est désigné pour représenter le Clergé aux États Généraux puis à la Constituante. Refusant la Constitution civile du Clergé puis l’abolition de la monarchie, il s’exile dans la partie allemande de son diocèse. Il se démet de ses fonctions lors du Concordat de 1801 et meurt en 1803.

La Congrégation de Saint-Maur

Pour découvrir d’autres abbayes mauristes, nous vous invitions à visiter le site de l’Association des Abbayes et Prieurés bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur


Notes

[1] Voir l’article de Wikipédia sur le jansénisme.

[2] Dom Gardon n’était pas mauriste, à la différence de Dom Tiollier, il était "robertiste" et s’est montré très vexé d’avoir à demander la permission des Mauristes, après leur arrivée, pour consulter les ouvrages gardés dans la bibliothèque de l’abbaye.