Aux XIe et XIIe siècles, la société féodale en Auvergne est dominée par le comte d’Auvergne, lui-même suzerain du duc d’Aquitaine, par différentes familles (Mercœur, La Tour, Montboissier), par l’évêque de Clermont et par les chanoines-comtes de Brioude.
L’Église est marquée par un grand élan monastique. Dès le VIe siècle, saint Benoît de Nursie avait fondé le monastère du Mont-Cassin où la vie était réglée autour de la devise « prier et travailler » ; un siècle plus tard, Benoît d’Aniane codifie cette règle bénédictine qu’il impose, à la demande du roi, à tous les monastères. Cluny est fondée en 910 et saint Robert s’inscrit dans ce mouvement en fondant l’abbaye de La Chaise-Dieu en 1043. Saint Bruno fonde les Chartreux en 1089 et saint Bernard entre à Cîteaux en 1112.
Le conflit entre les papes et les empereurs romains germaniques avait commencé avec la querelle des investitures (ingérence des pouvoirs laïcs dans les nominations ecclésiastiques). C’est ainsi que Grégoire VII doit affronter l’Empereur Henri IV, à Canossa en1078, et que le Pape Alexandre III doit subir l’élection d’antipapes soutenus par l’empereur et se réfugier en France.
Né en 1001, d’une famille de la noblesse de Margeride, Robert de Turlande devint chanoine-comte de Brioude. Insatisfait de cette vie canoniale et, à la suite de son parent Odilon de Mercœur, abbé de Cluny, il désire fonder un monastère. Après un pèlerinage à Rome, il se rend au Mont-Cassin pour y étudier la règle bénédictine. Le 28 décembre 1043, il arrive avec deux compagnons sur le rude plateau du Livradois où il s’installe afin d’y vivre, dans la solitude avec Dieu, à côté d’une petite chapelle dédiée aux saints Vital et Agricol.

Il appelle ce lieu « Casa Dei » [1], ce qui devint La Chaise-Dieu.
Le rayonnement de Robert était tel qu’en 1067, à sa mort, l’abbaye et les prieurés qui en dépendaient comptaient trois cent moines. Ce rayonnement tenait à sa foi (attachant en particulier un grand prix au culte marial), à sa charité (faisant de l’abbaye un lieu d’accueil et d’aumône, qui restera la marque de cette abbaye), et sans doute à son énergie (dès 1052, il avait obtenu la protection du roi de France Henri Ier et du pape Léon IX). Robert se fait enterrer sous le porche de son église : sa tombe n’a pas été déplacée et se trouve maintenant devant le jubé. Il est canonisé en 1070 et sa tombe devient un lieu de pèlerinage. En 1095, avant de lancer la première croisade depuis Clermont, le Pape Urbain II tint à venir prier sur sa tombe.
Désigné par saint Robert pour lui succéder, il fut choisi par les moines comme abbé. Il œuvra pour la canonisation de saint Robert et se fit confirmer les privilèges dont l’abbaye bénéficiait. Le comte d’Auvergne, Robert II, jura de défendre l’abbaye contre tout adversaire. En 1076, il est nommé évêque de Clermont mais il resta abbé jusqu’en 1078, date à laquelle il démissionna ayant compris qu’il ne pouvait cumuler les deux charges sans nuire à l’abbaye. Il mourut le 19 novembre 1095 et le Pape Urbain II présida ses obsèques. Pendant son abbatiat, La Chaise-Dieu se fit connaître dans de nombreuses régions de la Saintonge à la Savoie.
Maître des novices, Adelème fut choisi par les moines pour succéder à Durand à cause de sa sainteté, mais, trouvant la charge d’abbé trop lourde, il ne fut abbé de La Chaise-Dieu qu’un an avant de démissionner. Ensuite, il fut appelé par le roi Alphonse IV de Castille, pour rechristianiser une région reconquise sur les arabes. Il assista à la prise de Tolède (1085) et fonda un monastère à Burgos, dont il est le saint protecteur.
Cadet d’une famille noble, il entra au chapitre de Saint-Jean de Lyon, mais la vie canoniale ne le satisfaisant pas, il quitta celle-ci pour entrer à La Chaise-Dieu. Savant, de mœurs sévères, fort habile dans les affaires, ses frères le remarquèrent rapidement et le choisirent comme abbé. Il défendit l’indépendance de l’abbaye face aux pouvoirs féodaux, obtint en 1079 pour l’abbaye le rôle de chef de congrégation et étendit son influence vers le Rouergue (Saint-Théodard et Gaillac), le Languedoc (Saint-Baudille de Nîmes) et enfin les Apennins de Modène. Habile pour la gestion des affaires temporelles, il avait aussi l’humilité du moine et, en dix-sept années de gouvernement, avait fait de la fondation de saint Robert une des plus grandes abbayes de France, connue jusqu’en Italie et en Castille.
Extension de la congrégation à Montferrand, dans le Forez, à Chanteuges, Sainte-Livrade d’Agenais, Faverney en Bourgogne, Saint-Sixte de Plaisance dans la plaine du Pô et Montepeloso en Basilicate. Ces rattachements étaient souvent de convenance politique mais reposaient sur l’autorité morale de La Chaise-Dieu.
Entré à La Chaise-Dieu au début du siècle, Jourdain était prieur depuis 1141 quand il fut élu abbé. Les Montboisier étaient de grands bienfaiteurs des églises et plusieurs frères de Jourdain étaient hommes d’Église. Le plus célèbre d’entre eux est Pierre le Vénérable, abbé de Cluny depuis 1122. Personnage effacé, Jourdain bénéficia du rayonnement de ce dernier pour consolider certains acquis de l’abbaye.
Il accueillit le pape Alexandre III à La Chaise-Dieu en 1165 et mourut en Terre Sainte.
[1] Maison de Dieu, les habitants sont les Casadéens